AVC - Accident Vasculaire Cérébral - avril 2010 - 8

Publié le par Ma Cocotte

 

Le mois d'avril. J'ai passé les premiers temps à dormir. Des nuits de 8 heures d'affilée, des siestes de plus de deux heures parfois. J'ai toujours mal dormi. Depuis toujours. Avec des périodes de terribles insomnies. Depuis l'accident, je dors bien. Si bien.

Les deux premières semaines, j'ai dormi.

Après j'ai essayé d'emplir le temps.

Ces journées seule.

J'ai essayé d'écrire. Les difficultés à l'oral se retrouvaient à l'écrit. Je « voyais » les mots devant moi mais je n'arrivais ni à les dire ni à les écrire. J'ai essayé. Mon écriture et ma parole elles aussi disloquées.

C'est là que j'ai découvert vraiment Facebook. Les petits jeux débiles sur Facebook. Au début, je ne mémorisais rien. Petit à petit, ces petits jeux débiles m'ont permis de retrouver le chemin de la concentration. Se concentrer. Rester plus de dix minutes sur la même occupation. Ne pas sombre dans la fuite. Le déni. Le sommeil.

Je ne sais plus quand Monsieur Chéri m'a accompagné pour acheter une canne.

En tout j'en ai eu deux. Une style Sherlock Holmes sauf qu'elle n'a pas d'épée cachée, l'autre télescopique.

 

La seconde, on l'a achetée pour les balades à moto. J'en vois qui s'étonnent. Très vite, j'ai réclamé de monter sur la moto. Quelle sensation effrayante. Collée contre Monsieur Chéri, je ne sentais rien du côté gauche. Au bout de très peu de temps, mon côté gauche s'ankylosait.

Mais j'ai insisté. Je n'ai rien lâché. J'avais mal et je souriais, les larmes aux yeux sous mon casque. J'avais mal, je sentais mes muscles.

Moralement, c'était vital. D'abord parce qu'on ne peut pas voir votre handicap quand vous êtes sur une moto. Et puis j'étais privée de tant de choses à cause de mon déséquilibre permanent. Là, sur la moto, je me sentais normale et libre. Je faisais la nique à l'AVC. Je me moquais de lui. J'en riais.

On partait faire les vide-greniers.

Inutile de dire que monter et descendre de la moto a donné lieu à des crises de fou rire excellentes. J'adorais provoquer l'étonnement dans le regard des passants quand Monsieur Chéri dépliait ma canne et que je partais à ses côtés, clopin-clopant.

C'était ma joie, ma rébellion. J'attendais les week-end avec une impatience d'enfant.

 

Il y avait tant de peine, de frustration à vivre que ces moments-là étaient précieux.

J'avais mis de côté l'écriture depuis de longs mois déjà. Là, j'avais vraiment besoin et envie d'écrire, de m'échapper dans la fiction. Je participais aux « Impromptus littéraires » un site d'écriture qui donne une consigne chaque dimanche. On a une semaine pour produire un texte.

J'ai essayé et essayé encore.

C'était terrible.

Les mots.

Je n'avais plus de mots.

 

Ça m'était finalement égal que des gens mesquins me traitent de simulatrice, ça m'était finalement égal de lire compassion ou pitié dans les regards des autres, ça m'était égal de ne pas même pouvoir jardiner ou nager mais ne plus pouvoir écrire, ça me blessait.

 

Les mots ne coulaient plus. Les textes ne s'organisaient plus. Les idées ne se structuraient plus. J'ai compris alors que même si je ne suis pas un écrivain pour de vrai, j'avais ce petit talent, cette aisance à construire des petites histoires, des portraits comme des photos prises sur le vif. Des petits courts-métrages écrits, disait Ma Douce.

 

Et là ce n'était que fadeur et platitude.

 

La solitude, le handicap, les séquelles qui se révélaient les unes après les autres, les méchancetés dites dans mon dos, la peur de rester ainsi a provoqué une période de repli. Je faisais mine, comme si, devant Monsieur Chéri et les enfants. J'ai passé des jours et des jours à ne rien faire. Juste attendre que ce jour soit passé. Une belle déprime.

 

J'étais allée au taff organiser mon absence. Je les avais trouvé prévenants et gentils. Après j'ai appris ce qu'ils disaient. Je n'y suis plus allée, en accord avec ma supérieure hiérarchique. Elle a pris le relais et m'appelait quand elle ne comprenait pas leurs réactions, leurs positions. On a fonctionné comme ça pendant 3 mois.

Ça m'a aidé à prendre du recul par rapport à mon travail. J'ai supprimé grâce à eux, finalement, toute cette part d'affectif que j'y déployais, bien trop d'affectif. Je ne me laisse plus influencer ainsi maintenant. Au final, c'est positif. Je vis mon travail comme un travail et ma vie commence au moment où j'en sors. Je ne me mets plus la rate au court-bouillon. Finies les angoisses et fini le stress. J'ai repris fin juin et franchement, depuis, mon regard sur eux a tellement évolué qu'ils ne me touchent plus. C'est bien reposant.

 

Publié dans Ma Cocotte

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