AVC - Accident Vasculaire Cérébral - avril 2010 - 7

Publié le par Ma Cocotte

 

Les enfants. Mes enfants. Nos enfants.

 

Au début, Papillon ne vivait pas encore ici.

Ce mercredi matin, Ma Douce et Loulou étaient là. Je n'ai pas entendu le réveil. Ça m'arrivait souvent. Je dormais très mal, très tard et donc, le matin, c'était souvent pire que tout.

Ma Douce a tout de suite vu la paralysie faciale gauche. Ils ont vu comme je devais me tenir aux murs pour ne pas tomber. Je me souviens du silence de Loulou, de ses regards éberlués. Lui qui est un vrai moulin à paroles d'habitude. Je me souviens des mots de Ma Douce, si peu prolixe à l'inverse. Elle voulait que j'aille chez le médecin, refusait que je les emmène au collège. Mais je ne voulais qu'une chose : les rassurer. Et puis, assise, on n'a pas besoin d'équilibre accrochée au volant. J'ai réussi à conduire.

 

Ce n'est rien, ce n'est rien, ça va passer, ne vous inquiétez pas. Ce n'est rien.

 

Belle manière de s'auto-rassurer.

Le midi, ils sont rentrés et ont trouvé le petit mot que je leur avais écrit.

Ma Douce était avec une amie. Elle en rit encore. Le contenu de la lettre qui se voulait rassurant, minimisait l'hospitalisation aux urgences mais bon, j'ai appelé votre père, si je ne rentre pas, vous allez chez lui ce soir. Le message d'amour si fort.

Ma Douce n'a pas été dupe. Elle était inquiète mais en même temps, elle riait. Il paraîtrait que je ne serais pas une maman comme les autres. Je lui dis que non. Je n'ai rien que de l'ordinaire.

 

Et puis je suis rentrée.

 

Disloquée.

 

C'est exactement cette sensation qui me reste encore aujourd'hui. Je ne me sens pas cassée ou abîmée mais bien disloquée : disloquer, c'est disjoindre avec une certaine violence les parties d'un ensemble ; rompre l'unité d'un ensemble en séparant ses parties.

Je me sens comme ça.

 

Ensuite j'ai tout fait pour les rassurer, parce que les rassurer, c'était me rassurer moi-même. Je me suis bougée. J'ai fait tout ce qu'il fallait faire. J'ai vraiment, vraiment essayé d'arrêter de fumer.

 

Pour Loulou, ça a été très dur. Il a entendu que le stress était un des facteurs déclenchants. Et parfois les gens ajoutaient... « Avec tous les problèmes qu'a eu Loulou, ça n'a pas dû arranger les choses. »

Je disais non, stop, taisez-vous.

Je parlais à Loulou et lui répétais sans cesse : « Non, Loulou, non, ce n'est pas de ta faute. C'est un accident. Un accident, c'est quelque chose qui arrive alors qu'on ne s'y attend pas. Ce n'est pas de ta faute. »

 

Loulou avait le regard noir, triste et grave. Loulou déployait des trésors d'attention et de gentillesse. Loulou souffrait et moi je ne pouvais rien faire, juste lui dire que non, ce n'est pas de ta faute, mon fils et je t'aime.

Ma Douce si réservée s'est épanouie, a prononcé des mots d'amour, réclamé des câlins, de l'attention. Elle me parle, me raconte, m'aide. Elle a très vite pris conscience que ce coup de semonce aurait pu se transformer en drame. Les deux mois qui ont suivi l'accident, tous nos sens, toutes nos émotions étaient exacerbés. Nous avons tous eu peur, et tous souffert.

 

Et moi qui traîne cette culpabilité exacerbée j'ai pris de grands coups. J'ai pleuré en cachette, les semaines sans enfants, les jours où Monsieur Chéri devait rester là-bas, dans cet autre département.

 

Deux mois après l'accident, il s'est installé à la maison. Papillon finissait son année scolaire là-bas et Monsieur Chéri faisait des allées et retours. On était réunis le week-end. Ça a été beaucoup plus facile.

 

Monsieur Chéri a eu peur. Aussi. Il a été formidable en tout. Aussi. Je vous l'ai dit ? Non ? Bizarre... alors oui. Formidable. Il m'a expliqué comment l'on marche, comment ça fonctionne. Il m'a conseillée pour tout. Il m'a soutenue. Il m'a fait rire. Il m'a serrée dans ses bras sans rien dire aussi.

 

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