AVC - Accident Vasculaire Cérébral - avril 2010 - 2

Publié le par Ma Cocotte

 

Les souvenirs de cette journée, et des suivantes d'ailleurs, s'emmêlent. J'ai des blancs parfois mais aussi des flashs qui me reviennent. Ce qu'il me reste de vraiment fort, c'est cette volonté de faire comme si tout était normal. Pour ne pas inquiéter les enfants. Pour ne pas inquiéter Monsieur Chéri. Je ne sais pas encore ce que j'ai mais je sais que je l'ai. Ça me rassure aussi de rentrer, de rester assise sur le canapé. Boire un café, fumer une cigarette. Comme si tout était normal. C'est mon dernier jour de RTT. Demain je retourne au travail. Ça va passer. Ce n'est rien.

Conduire a été compliqué. Embrayer, débrayer, une action difficile. Je réalise que je ne sais pas vraiment ce que fait mon pied quand mon cerveau lui demande d'appuyer sur la pédale. Pareil pour le volant. Cette main gauche semble distraite, inefficace. Je ne peux pas soulever la tasse de café. La cigarette tombe. Parce que j'essaie. Régulièrement, je me lève du canapé. Pour voir. Je tombe du côté gauche. Systématiquement. J'ai mis ma main sous l'eau brûlante. Une vague sensation de chaleur.

Il m'est arrivé quelque chose. C'est injuste. Depuis un an et demie, ma vie semble trouver un chemin plutôt sympa, équilibé. Monsieur Chéri est entré dans ma vie et l'a secouée. Ça bouge, ça communique. À nous deux, ça nous fait trois ados. Un week-end sur deux, c'est le grand bordel dans ma maison et j'adore ça. Nous ne vivons pas encore ensemble. C'est pour bientôt. À la fin du mois de mai. Qu'est-ce que je dois faire ? L'appeler au boulot ? Je vais attendre. Vers 9 h 30 j'appelle chez le médecin. À l'écoute de mes symptômes, la secrétaire me passe directement mon médecin.

C'est pas bon signe, ça.

Mon médecin, je la connais depuis vingt ans. Elle me fait répéter. Elle finit ses consultations à 10 h. Je dois y aller maintenant.

D'accord.

J'ai peur. Je décide d'y aller à pied. Parcours infernal. Je marche comme une femme soule. Ça me rappelle le jour où, lors d'une action de prévention contre l'alcool au volant, j'ai porté ces lunettes déformantes qui font « comme si on avait bu ». C'est un peu ça.

Je veux marcher. Ma jambe droite sait faire. La gauche n'en fait qu'à sa tête. Ce serait drôle si je n'avais pas si peur.

Je suis passée devant tout le monde directement dans le cabinet du médecin. Je n'aime pas.

C'est pas bon signe.

Elle m'ausculte, me questionne. Paralysie faciale gauche confirmée. Vertiges effroyables. Incapacité à maîtriser ce côté gauche. Je le sens qu'elle est inquiète.

C'est peut-être les oreilles ? Elle non plus n'a pas l'air d'avoir envie que ce soit ce à quoi on pense. Elle appelle un oto-rhino. Urgence. Faut tout vérifier.

Ça tombe bien je le connais. Il fait partie de mes connaissances.

Il faut que j'aille à la clinique. Mon médecin, elle était vraiment perturbée parce que personne n'a pensé que j'étais seule. Pas d'ambulance, pas de taxi.

Est-ce du fait que je sache si bien faire « comme si de rien n'était » ? Oui.

Alors je rentre à la maison.

Je me pose.

Fatiguée. Déjà épuisée. Bon.

Je dois y aller.

Cette fois-ci, la voiture.

Heureusement, il y a un ascenseur.

Il me demande de lui raconter. Je lui raconte. Il ausculte mes oreilles... « mais c'est pas ça, c'est sûr ». Il me dit de m'asseoir.

« Écoute, je t'envoie aux urgences.

  • Dis-moi, j'ai besoin de l'entendre, dis-moi ce que c'est.

  • Sûre ?

  • Oui.

  • Suspicion d'AVC. »

 

Voilà, c'est dit. Je vois bien aussi qu'il est chamboulé. Je dois avoir une tête de déterrée en plus. Je ne souris pas vraiment alors qu'au quotidien, je suis plutôt du genre à courir qu'à marcher, à rire qu'à pleurer.

Il appelle l'interne des urgences, lui explique la situation et lui dit que j'arrive.

Ça m'entre dans le cerveau.

Ok, je vais aux urgences. C'est à l'hôpital, les urgences. Encore un parcours du combattant en voiture.

Après, il sera désolé. Désolé de n'avoir pas réagi, de n'avoir pas appelé une ambulance.

J'ai failli tomber dans les escalier. Le vide m'attire irrésistiblement. Demi-tour. Ascenseur.

Je remonte dans la voiture. Le pire, c'est l'évaluation des distances.

Si je dois aller aux urgences, je dois me préparer.

Je rentre. Au cas où, je prends une douche vite fait. J'ai mis tant bien que mal une chaise dans la douche, pour pas tomber. Il faut que je prévienne les enfants. Ils vont rentrer du collège ce midi. Comment leur dire ?

J'écris un mot mais je ne sais plus ce que j'ai écrit.

Ma Douce me l'a fait lire. Ça l'avait fait rire. « Tout va bien mais je dois quand même aller faire un petit tour aux urgences. Mangez sans moi. Je vous rappelle. Au moindre souci appelez papa. Si je ne rentre pas ce soir vous dormirez chez papa. Je vous aime plus fort que tout »

Ma Douce, elle avait déjà une bonne idée du pourquoi du comment.

Et Monsieur Chéri ? Pas encore. Ne pas l'inquiéter.

Je pars donc aux urgences.

Il est 11 h.

Je sens que la paralysie faciale s'estompe. Je n'ai plus que cette sensation désagréable, exactement comme la fin d'une anesthésie dentaire. Je ne sens rien et quand je passe mon doigt sur ma peau, ça fourmille.

Peut-être que tout est en train de revenir. Peut-être que ce n'était rien, finalement.

Publié dans Ma Cocotte

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