Nouvelle sombre : Les Vacances à l'hôpital

Publié le par Ma Cocotte

 La première chose qu'on lui dit en sortant de l'hôpital, c'est de ne rien dire du tout.

« Pas la peine de dire d'où tu viens, tu diras comme ton frère, que vous avez été malades à la maison. »

Mélo observe le père, sent bien quand même son air gêné mais acquiesce, un peu déçue. Elle regrette. Sortir de l'hôpital, à l'école, c'est comme un titre de gloire. Laurence a eu l'appendicite et elle a été la reine de la récré au moins une semaine durant. Tout le monde veut savoir si on a eu des piqûres, si c'est vrai qu'on mange que du pas bon. Mélo en aurait des choses à raconter. Mais bon, s'il faut se taire, elle se taira, comme d'habitude.

« Et pour tes cicatrices, c'est simple, t'as eu la varicelle, compris ?

- La varicelle ? Mais je l'ai déjà eue à 6 ans !!!

- Tais-toi, tu fais ce qu'on te dit et c'est tout. File dans ta chambre. »

Les escaliers lui semblent plus longs que d'habitude, les marches plus hautes. Mélo est fatiguée. À l'hôpital, les draps sentent bon, c'est pas comme à la maison, mais les nuits sont agitées et courtes.

Elle entre dans sa chambre et se fige sur le pas de la porte. Quelque chose a changé. La chambre est rangée comme à son départ pour l'impétigo à l'hôpital. Quelque chose a changé. Le soleil entre à flots par la fenêtre ouverte. La fenêtre est ouverte ? Les volets pas fermés ? Ah oui, ça, c'est nouveau. Et ça sent le citron et le printemps. Quelqu'un a fait le ménage !!! Le frère de Mélo fait irruption dans la chambre et la bouscule. Mélo lui chuchote :

« Il se passe quoi là ? Qui c'est qu'a fait le ménage ??? C'est toi ?

- Nan, y a une femme de ménage. Elle est nulle.

- Une femme de ménage ??? Bin mince...

- Rêve pas, ça va pas durer, c'est juste le temps que ça se calme.

- Qu'est-ce qui doit se calmer ?

- J'ai pas tout compris. Ça a rapport à l'impétigo. Un conseil, parle pas de ça : ton père, ça le met dans une colère folle.

- Et elle est où ta mère ? Dans sa chambre ? Je l'ai pas vue.

- Ouais, ta mère elle est malade.

- Comme d'hab, quoi. »

Mélo s'assoit en soupirant sur la courtepointe propre de son lit. Oreillers propres, draps propres, tout est propre et Mélo finit par sourire. Son chat arrive en ronronnant, se frotte contre ses jambes. Mélo tapote de sa main sur ses genoux. Le chat saute délicatement et se love contre la petite, ronronnant de plus belle.

Le soir, au coucher, elle sourit en s'endormant. Le père n'est pas encore rentré. Ils ont porté un plateau à leur mère dans sa chambre aux sombres relents de renfermé et de sueur rance. Là, rien n'a changé.

Le lendemain matin, malgré les consignes paternelles, Mélo part de très bonne humeur à l'école. Pour une fois, un semblant d'espoir naît en elle. Une femme de ménage, c'est quelqu'un de l'extérieur. Quelqu'un qui ne sait pas, une étrangère devant qui le père tiendra bonne figure. Tous les mercredis, c'est l'assurance d'une matinée de calme. Alors Mélo et son frère jouent au jeu de la mort en riant. Ils traversent le boulevard en dehors des passages piétons. Mélo enlève ses lunettes, passe la première et son frère la suit. Parfois les pneus crissent, les klaxons hurlent, parfois pas. Mélo se guide à l'ouïe qu'elle a très fine et c'est très rare qu'elle n'entende pas le moteur des voitures mais ça arrive.

Enfin arrivés, gais et presque dansants, ils voient un de leurs amis courir à leur rencontre.

« Mélo, attends, reste là... attends le dernier moment....

- Bin tu pourrais dire bonjour. Pis tu rêves, je reviens de l'hôpital, je suis trop contente de voir tout le monde. »

Elle se bouche les oreilles et part à toute vitesse en courant vers la grille de l'école. Elle voit bien que tous les visages se tournent vers elle, même ceux des pimbêches et des filles à la mode. Puis leurs sourires s'épanouissent, sourires cruels...

« Tiens v'là la pouilleuse. Alors paraît que t'as eu la gale ET l'impétigo ? Et dis pas non, c'est ma mère qui me l'a dit, même qu'elle est infirmière et puis que tu l'as chopée parce que t'es qu'une souillon, même que c'est ton père qui l'a dit aux médecins, même que c'est toi qui l'a refilée à ton pauvre frère. Alors tu refuses de te laver, crasseuse ? »

Mélo regarde en arrière son frère et son ami. Ils haussent les épaules, presque en même temps, l'air de dire « Je t'avais prévenue... »

Les muscles de Mélo se tétanisent. Y a pas, le bonheur et la joie, c'est pour les autres. Enfin, ce matin, ce sera pour personne. Délicatement, elle enlève ses lunettes, ouvre son cartable et les range dans leur boitier. Il n'est là que pour des cas comme ça, ce boitier, parce qu'un jour, pendant une bagarre, un gros malin a sauté à pieds joints sur son cartable et cassé ses lunettes.

Mélo repère aux taches de couleurs la pimbêche qui a osé lui dire ces horreurs. Condamnée au silence sous peine de conséquences bien pires que ce qu'il va lui arriver tout à l'heure, empêchée de répliquer tous les mots que lui crient son cœur et son cerveau, Mélo ravale la vérité et pose la main au jugé sur la belle blouse bleu foncé à petites taches rouges, des cerises. Cette blouse dont elle a tant rêvé devant la vitrine du magasin mais qu'elle n'a jamais eue : la sienne est tristement grise. Elle ferme le poing sur le joli tissu, l'agrippant fortement.

« Tu le répèterais pour voir, dis ? »

Dans un chœur quasi parfait, les gosses autour font le cercle en scandant : « Répète-le ! Répète-le ! Pou-illeu-seuh ! Cra-sseu-seuh ! »

La jolie brunette acculée, dans sa belle robe à fleurs d'été avec sa jolie blouse à cerises par-dessus, ne peut que répéter d'une voix bien moins assurée et comme dans un souffle : « Crasseuse... »

Pendant que sa main gauche tire de toutes ses forces sur l'élégant tissu, le poing droit de Mélo, serré à s'en faire exploser les phalanges, part d'un coup et frappe violemment le bas-ventre de son adversaire, là où les filles ont mal.

L'enfant se plie de douleur aussitôt.... Mélo ne la regarde même pas. Autour d'elles, le silence s'est épaissi. Certains visages semblent déçus. L'adversaire n'est pas de taille. Pire, elle n'a même pas de grand frère ce qui fait qu'ils seront tous privés de bataille rangée à la récré. Mélo, myope comme une taupe, attrape son cartable à l'aveuglette, le serre contre elle et regarde dans les yeux tous les enfants agglutinés, d'autant plus facilement que justement, elle ne voit rien hormis les formes générales des têtes, des corps, de la grille, là-bas. Nul ne répond. Elle fait quelques pas et le cercle s'ouvre pour la laisser passer.

La tête haute, elle garde sa vérité pour elle seule, passe la grille, traverse la cour et va s'asseoir sur les marches, près de la grande porte d'entrée en bois. Là, elle récupère ses lunettes et les pose sur son nez, retrouvant la netteté de ce monde qui l'entoure et qu'elle déteste par-dessus tout. Monde de mensonges... de violence...

Madame Leblanc, la maîtresse de CE2, ne tarde pas à la rejoindre.

« Suis-moi dans la classe, Mélo. »

Docile, l'enfant obéit.

Les escaliers lui semblent plus longs que d'habitude, les marches plus hautes. Mélo est fatiguée. Enfin, elles arrivent dans la grande pièce et Mélo sait déjà ce qu'il va se passer, comme à l'hôpital, même si son père n'est pas là.

« Mélo, je sais que tu as été malade et que tu as été soignée à l'hôpital. Tu sais pourquoi ?

- Pourquoi j'ai été malade ? »

Elle déglutit avec difficulté. La varicelle, ça passera pas, tout le monde sait ce que Mélo a eu. Donc, il va falloir répéter la version du père, la même que celle que l'infirmière a répété partout.

« Non, Mélo, pas l'impétigo ni la... « gale ». Non, pourquoi tu as été soignée à l'hôpital ?

- Bin... euh... bin parce que ma mère est malade et elle peut pas parce qu'on est trop agité et que je fais plein de bêtises et trop de bruit et que ça lui ferait trop de travail puis que mon frère aussi il a été malade alors ça ferait trop et mon père il travaille alors il peut pas. »

La maîtresse n'interrompt pas l'enfant, la laisse expliquer et expliquer encore.

« C'est pas de leur faute à mes parents si ma mère est malade et mon père il travaille. »

La femme acquiesce, se tait un instant, semble hésiter.

« Mélo... ta maman... elle peut quand même faire le ménage, la lessive, quand elle est malade ? Ou bien quelqu'un d'autre le fait ? »

Mélo réfléchit, regarde la carte de France et ses cours d'eau accrochée près du tableau noir. Il faut trouver, vite. Elle voit bien où veut en venir sa maîtresse. Elle l'aime bien, c'est une remplaçante mais Mélo n'a pas le droit de dire la vérité, non... c'est interdit, de dire la vérité. Ça peut faire très mal, de dire la vérité. Quand soudain lui revient le parfum de ses draps fraîchement lavés...

« Bin on a une femme de ménage... »

Soulagée, heureuse qu'enfin, pour une fois, la vérité lui ait sauvée la mise, le sourire de Mélo s'épanouit au fur et à mesure que le visage de l'institutrice se fige.

« Une femme de ménage... alors ça veut dire que ce qui se raconte est vrai ? Tu as attrapé la gale parce que tu refuses de te laver ? Mélo, c'est dangereux de ne pas se laver. Là, tu as eu de la chance mais ça pourrait être pire, tu sais. »

La petite fille hoche la tête en silence, atterrée. Elle ravale sa vérité en même temps que sa honte. Voilà, maintenant, même la maîtresse pense qu'elle est une souillon, comme les autres.

« Tout va bien chez toi, Mélo ? Tu peux me le dire s'il y a des problèmes. »

Mélo regarde le bout de ses sandales.

« Tout va bien. Je peux m'asseoir maintenant ? Je voudrais que vous me donniez les devoirs que j'ai pas fait la semaine dernière. »

La maîtresse fronce les sourcils, tente de déchiffrer le regard fermé de l'enfant puis se lève pour aller chercher les cours à rattraper.

« Je pourrai rester ici pendant les récréations pour rattraper, dites, madame ?

- Oui, Mélo, bien sûr, autant de fois que tu le voudras. »

Si Mélo pouvait, elle aimerait bien pleurer, pleurer et hurler que non, elle ne refuse pas de se laver. Juste qu'elle a tellement de corvées à faire que le soir, elle en peut plus de fatigue, qu'ils ont pas le droit d'utiliser la douche ou la baignoire parce que l'eau, qui c'est qui la paie ? Parce que l'hiver y a pas de chauffage à l'étage et que la salle de bains, elle est à l'étage. Parce que quand les hurlements rythment les heures de la soirée, y a qu'au fond de son lit qu'elle est en sécurité... parce que parfois, elle est même pas dans son lit et que dans ces cas-là, c'est pire que tout mais à quoi bon ? Personne ne croira la vérité. La vérité du père est bien plus vraie que la sienne puisque tout le monde la croit.

Çà fait comme à l'hôpital, quand le docteur a posé tout plein de questions. Parce qu'il n'y a que Mélo qui a eu la gale ET l'impétigo. Après, comme c'est très contagieux, l'impétigo, son frère l'a attrapé. Ça fait des boutons et des cloques. Et puis ça gratte encore pire que la varicelle. Puis comme on gratte les pustules elles éclatent et ça fait du pus et ça guérit pas. Toutes ces questions qu'ils ont posées. Mélo a bien écouté les réponses du père. Elle n'a pas besoin qu'il le dise pour savoir qu'elle doit les mémoriser, au besoin les répéter.

« Ma femme est malade, vous savez. Les enfants sont difficiles, surtout la petite. Elle n'obéit pas, fait des caprices et crie tout le temps. Ça use les nerfs de ma femme, ce qui aggrave sa maladie. Elle est malade des « nerfs », vous savez. Elle est très faible. Elle ne peut pas lui courir après et Mélo en profite. Elle refuse de se laver, ne met jamais son linge au sale et si elle urine dans la nuit, ça ne la gêne pas. Je ne peux pas être toujours derrière, je travaille, vous savez bien. À huit ans tout de même... »

Mélo baisse la tête. Elle se répète mentalement la vérité de son père : « Je suis sale, je ne me lave pas, je ne mets pas mon linge sale au panier, je n'aide pas ma mère, je crie, je fais des bêtises, je casse tout, je ne range jamais rien et je mens tout le temps mais c'est pas vrai, je ne fais plus pipi au lit depuis longtemps. »

Le père a traîné à l'hôpital. Avant de partir, alors qu'ils sont seuls tous les deux, il tend son index vers elle avec son masque de méchanceté puis l'index se relève et vient se poser sur ses lèvres, lui imposant de se taire.

Mélo le regarde droit dans les yeux, sans crainte aucune ce jour-là. Le père, conscient qu'il ne pourra pas s'y opposer, quitte la chambre et l'hôpital. Il ne reviendra que pour la sortie des enfants, d'abord celle du grand frère, guéri plus vite puis celle de la petite. Ainsi commencent ce que Mélo appellera plus tard ses vacances à l'hôpital.

Le mutisme est sa défense, et s'il le faut, le mensonge sa sauvegarde. Mélo n'aura jamais autant souri que cette semaine-là. Les infirmières sont aux petits soins. Son frère est dans la chambre voisine et ils se rendent visite dans la journée, jouant aux voisins en cure au sanatorium. Deux fois par jour, ils doivent prendre un drôle de bain tout violet. La nuit, on attache des gants aux mains de Mélo en lui expliquant que c'est pour éviter qu'elle ne se gratte. Les gants sont tout doux. Mélo aime bien. Elle mange à heure fixe. Elle ne doit pas s'occuper du ménage, de la cuisine, de ranger, de la lessive ou du repassage. Elle prend garde de ne pas salir pour ne pas donner trop de travail aux gentilles dames qui nettoient tout et qui lui offrent des bonbons.

Un jour, un monsieur avec des lunettes à montures dorées vient lui rendre visite. Il est docteur. Mais il n'a pas de blouse blanche. Il a un beau cartable en cuir. Il en sort des dessins bizarres composés de taches d'encre. Il en fait un jeu et tous les deux s'amusent à imaginer ce que représentent les dessins. Mélo le trouve gentil parce qu'il la laisse toujours commencer. Mélo l'aime bien alors elle lui raconte de jolies histoires. Elle rajoute des couleurs parce que ces taches d'encre toutes noires, c'est triste et Mélo ne veut rien de triste dans ce lieu. Elle est en sécurité, ici. Tout est propre, tout le monde est gentil. Le lendemain, il revient, et il lui demande de dessiner tout plein de choses. Des arbres, la nature, des animaux, sa maison, sa famille... Alors elle dessine très bien parce qu'elle l'aime vraiment bien ce monsieur et comme elle trouve tout agréable à l'hôpital, elle dessine de jolies choses. Une maison bien rangée comme elle aimerait en avoir une et une famille debout, ensemble, les uns à côté des autres, le papa d'un côté et la maman de l'autre qui protègeraient les enfants, une famille comme ses voisines de classe dessinent ou comme dans les livres de la bibliothèque. Le monsieur lui fait un compliment. Mélo en reste muette de surprise. Personne ne lui fait de compliment.

« Tu sais, pour ton âge, tu connais beaucoup de mots et tu racontes si bien les histoires. En plus, tu dessines joliment, ce qui ne gâte rien... »

Et puis, le troisième jour, il ne revient pas et Mélo n'y pense plus.

À huit ans, comme à chaque fois qu'elle quitte la maison familiale, elle oublie, Mélo. Chez son grand-père ou ailleurs, elle prend le meilleur et oublie ce qu'elle vit « là-bas ». C'est de sa faute aussi, c'est à cause de sa naissance si sa mère est malade. Et c'est pour ça que son père il rentre tard. Il aime pas la maladie, son père. Et puis il doit travailler dur pour payer les médicaments. C'est sa mère qui le lui a dit. Si le père se met facilement en colère, c'est parce qu'il est fatigué. C'est pas de sa faute au père, la fatigue, ça peut rendre fou parfois, même.

Maintenant seule dans la salle de classe, pour quelques minutes encore avant que les autres n'arrivent, Mélo pense à toutes ces journées de silence et de calme.

« Mélo ! Prends tes affaires et va t'installer seule à la table du fond ! »

La maîtresse est entrée, soutenant la jolie brunette à la belle robe et à la jolie blouse, qui fait un cinéma d'enfer et gémit tant qu'elle peut....

Finies les vacances à l'hôpital, les petits gâteaux supplémentaires, les shampoings et après-shampoings aux parfums de vanille, les sourires, les jolis dessins et tous ces gens tout gentil... La vie reprend son cours et Mélo, retournée en son silence familier, va s'installer discrètement au fond de la classe, près de la fenêtre.

Dehors, c'est le printemps. Le tilleul frissonne dans la brise. Les oiseaux s'y abattent en volées et chantent leur plaisir. Les nuages se transforment sous les yeux de Mélo en animaux fantastiques. Le rêve reprend ses droits. Le rêve, le mensonge et tout au fond de ses entrailles, sa vérité recroquevillée.

 

*** ~ ***

 


Illustration de la gale empruntée (je n'ai pas trouvée les références sur le site) à l'excellent site LAIT d'BEU OU QUAND LA "PLANETE PAUVRE" SE REBIFFE... "Lait d'beu", en solognot, veut dire "rin que des menteries", ce qui peut s'appliquer à beaucoup choses dans notre pauvre monde devenu complètement "ouf"...


(c) Coquecigrues-billevesées. Si vous souhaitez copier ce texte, contactez-moi par commentaire, merci (ou au moins citez mon blog :)).





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Publié dans Nouvelles sombres

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V
<br /> <br /> J'aime beaucoup... Et c'est très bien écrit.<br /> <br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> <br /> Merci Vinteur<br /> <br /> <br /> <br />
B
waaaaaaa
Répondre
M
<br /> ferme la bouche, je vois ton coeur, chérie<br /> <br /> <br />