Aimer, amour...
Ma Cocotte a un ami très cher, Pierrot, son dictionnaire. De temps en temps, elle l’ouvre et ils papotent.
Aimer, amour...
« Pierrot, mon copain, mon poteau, t’es où ? J’ai besoin de toi !!!
- Tiens… ça fait des jours que tu m’as laissé traîner par terre… fermé !!!
- J’essaie de me désintoxiquer. Ça frise le t.o.c., là, quand même.
- D’accord. Alors, qu’est-ce que je peux faire pour toi ?
- Je veux comprendre, Pierrot. Tout le monde parle d’amour et tu sais comme je le déteste, ce mot. Je veux être sûre. Tu veux bien ?
- Je ne saurais rien te refuser, ouvre-moi et prends… Je te l’offre, ce mot.
- Ce serait bien si t’existais pour de vrai, mon Pierrot, je crois qu’on s’entendrait bien tous les deux.
- Oublie, je ne suis qu’un homme de papier… »
AIMER v.t. (lat. amare)
I. 1. Eprouver pour (quelqu’un) une profonde affection, un attachement très vif. Aimer ses enfants.
« Tu as déjà éprouvé cela… ? »
Une profonde affection… c’est quoi l’affection ?
AFFECTION n.f. (lat. affectio). 1. Attachement, tendresse. Donner à quelqu’un des marques d’affection. 2. médical. Altération de la santé, maladie. Une affection nerveuse.
Merci, Pierrot. Alors aimer, c’est se sentir attaché et plein de tendresse. Plein de tendresse, d’accord. C’est vrai, ça, d’accord. Mais attaché, ça ne me plaît pas, Pierrot.
- Et pourquoi donc ?
Si tu es attaché, c’est qu’il a des liens qui te nouent. Donc, pour les défaire, c’est difficile, ça fait mal. Ça demande des efforts. On doit se sentir prisonnier. Je trouve que l’on ne devrait pas se sentir prisonnier. Je ne veux pas. Je voudrais bien un amour si je m’y sentais libre, libre de le vivre et libre d’y renoncer. Pourquoi faut-il qu’il y ait toujours de la douleur, dis ?
- Je crois que souvent les hommes et les femmes ont un vocabulaire lié à la possession, en terme d’amour : avoir, posséder, prendre…
C’est bête, mon Pierrot, nul ne peut appartenir à personne. Je voudrais un homme libre, qu’il se sente libre. Là, ça a du sens s’il reste, tu comprends. Si je l’attache à moi, je l’emprisonne. Et je ne veux pas qu’on m’attache, non.
- Ne prends pas cet air buté. Si tu veux comprendre, mets-y un peu du tien.
Tu es sûr que dans les mots que tu as dit, y a des rapports avec l’amour ?
- Attends, je vérifie. Avoir… non. Prendre… non. Pourtant je t’assure que je l’ai entendu. Mais posséder, oui :
POSSEDER v.tr. (lat. possidere) […] 4. Posséder une femme, avoir des rapports sexuels avec elle.
Bravo ! Et en plus c’est sexiste… Pff… Pour quoi tu n’as pas précisé : une femme ou un homme. C’est pas joli, joli. Je n’aime pas ces mots-là, Pierrot. Ils ne me choquent pas et j’imagine qu’en certaines circonstances ils doivent être plaisants à dire. Mais je n’y vois pas l’idée de partage, Pierrot. En résumé, je veux un amour tendre (mais pas seulement !!!), libre et partagé. Ça me va, ça. C’est loin de ta définition, quand même…
2. Eprouver pour (quelqu’un) une inclination très vive fondée à la fois sur la tendresse et l’attirance physique ; être amoureux de. Il l’a follement aimée.
Et ça, ça te va mieux ? Es-tu amoureuse, dis ?
Une inclination ? Tu sais ce qui ne va pas, Pierrot, c’est que parfois tes définitions comportent aussi des mots pas simples…
INCLINATION n.f. 1. Action de pencher la tête ou le corps en signe d’acquiescement ou de respect. Il me salua d’une légère inclination. 2. Disposition, tendance naturelle à quelque chose ; goût pour. Inclination au bien. Inclination à la paresse.
Tendance naturelle… goût… oui, cela me va, Pierrot. Le naturel, l’aisance, comme si l’autre était une évidence. Pas besoin de liens, d’attaches… Non, pas besoin. Juste une tendance naturelle, le goût du partage, librement, tendrement… c’est comment, tendrement, déjà ?
TENDRESSE n.f. Sentiment tendre, d’amitié, d’amour qui se manifeste par des paroles, des gestes doux et des attentions délicates. ¤ pl. Témoignages d’affection.
Dis donc, pierrot, tu définis « tendresse » par « tendre » ??? Tu n’exagères pas, là ?
- Attends, on va regarder à « tendre », pour voir.
TENDRE adj. 1. Qui peut être facilement coupé, divisé, entamé, mâché. Pierre tendre. De la viande tendre. ¤ Couleur tendre, claire et délicate. 2. Affectueux ; qui manifeste de l’amour, de l’amitié. Une mère tendre. De tendres paroles. ¤ Ne pas être tendre pour quelqu’un : être sévère. […]
C’est un peu fade, tout ça… Non, je ne voudrais pas aimer comme ça. Et puis tu mets à égalité l’amour et l’amitié, Pierrot. Dis donc, tu as l’air aussi doué que moi, on dirait ?
- Ils sont liés non ?
Certes, mais différents… très différents… et Amour, tu dis comment, toi ?
- On finit peut-être la verbe aimer avant d’aller voir ?
Oui, tu as raison, ce serait mieux. Pour l’instant, je garde comme définition, la mienne, « Eprouver pour quelqu’un des sentiments très forts, naturels et partagés librement. » Je ne voudrais pas dire, mon Pierrot, mais plus ça va, plus je trouve que ta définition est … sommaire et bâclée…
- C’est que je n’aime que toi, et moi, tu vois, je suis à ta merci… Je n’existe que quand tu fais appel à moi… Mai s voyons la suite, tu veux ?
3. Avoir un penchant, du goût, de l’intérêt pour. Aimer la danse, la lecture. – (avec un infinitif). Aimer danser, lire.
Oui… alors là, ça n’a plus rien à voir. C’est vraiment fade, cet article. J’aime un homme, j’aime les pommes de terre, j’aime lire. Ça me gêne qu’il n’y ait pas de mot à part pour les sentiments entre un homme et une femme. Ça porte à confusion, tout ça, mon Pierrot. Ça met tout au même niveau. Ça aseptise, ça unifie, ça uniformise…
- « Ca uniformise » ?
C’est pas français ?
- Si, si. C’est juste que tu l’utilises de façon tout à fait… particulière.
¤ (Avec que et le subjonctif). Il aime qu’on le flatte.
« Tu aimes qu’on t’aime ? »
Oui, je crois que j’aimerais, oui. J’aimerais qu’on me le dise, qu’on me l’écrive, qu’on me le crie, mais seulement selon ma définition à moi, mon Pierrot…
- Peut-être quelque part, sur cette terre, existe-t-il un homme qui a la même définition. C’est peut-être cela le secret de la longévité d’un couple : avoir la même définition de l’acte d’aimer.
4. Aimer mieux : préférer. J’aime mieux la voiture que le train.
Et voilà… ça continue… Vrai, je ne l’aime vraiment pas, ton article. Tu vois, je ne l’emploie que pour ce genre d’affirmations, ce verbe. Je ne pourrais pas dire « Je t’aime » à un homme sans être sûre qu’il comprenne ce mot à la même sauce que moi… Il y a trop de nuances, oui, trop…
II. Se développer, croître particulièrement bien dans (tel lieu, tel sol), en parlant des plantes. La betterave aime les terres profondes.
J’éviterai de me répéter, là, Pierrot… Je suis déçue… Le train, la voiture, les betteraves… et après ?
¤ S’aimer v.pr. Eprouver une affection ou un amour mutuels. Regardez ces tourtereaux, comme ils s’aiment !
Argh… comment peut-on conjuguer ce verbe à la forme pronominale, Pierrot ? Je les regarde, tes tourtereaux, rien ne me prouve qu’ils s’aiment, rien. C’est peut-être juste une attirance physique, on ne sait pas. Et si je suis dans les bras d’un homme, je peux être sûre de mes sentiments (et encore…) mais comment s’avoir que l’autre ressent pareil ? Ah, Pierrot, tu ne m’aides pas, là.
- Il y a de ces choses qu’il te faudra apprendre seule. Il te faut confronter tes idées à la réalité du monde. La seule façon de savoir ce que veut dire « aimer », c’est d’aimer… tu ne crois pas ?
Ca fait mal ?
- Parfois… il y a des chagrins d’amour mais il paraît que ça ne tue pas.
D’accord. Tu me montres le mot « amour » maintenant ?
- Oui, et je crois que tu vas aimer mieux.
AMOUR n.m. (lat. amor) [Féminin au pluriel dans la langue littéraire : de belles amours.]
Ah oui… ça commence mieux. Tu vois, tu le conjugues au masculin et au féminin. C’est mieux. Je préfère… ç’est partagé ainsi.
I. 1. Sentiment très intense, attachement englobant la tendresse et l’attirance physique, entre deux personnes. Eprouver de l’amour pour quelqu’un. C’est une vraie histoire d’amour.
Intense… Oui, mon Pierrot, voilà qui me plaît, c’est ainsi que je veux connaître l’amour, intensément. Attachement, je n’y reviens pas. Tendresse et attirance physique. Je remplace tendresse par sentiment et je signe. On finirait presque par trouver un accord.
-C’est la première fois que tu n’es pas d’accord avec moi. Ça me fait tout bizarre.
C’est que ça a l’air si important, l’amour, mon Pierrot. Toujours j’en entends parler mêlé de difficulté, de chagrin, de regrets, d’incompréhensions. Si je veux vivre pleinement, il faut que je sois sûre de savoir où je vais.
¤ Faire l’amour : avoir des relations sexuelles avec un, une partenaire.
Ah, là aussi, tu es correct. Pas comme pour « posséder ». Tu n’es pas très logique, mon Pierrot. Y a ce domaine de l’amour qu’il va te falloir revoir.
- Hum… comment tu veux que je sache définir le fait de faire l’amour… ?
Oh pardon, mon Pierrot, je ne voulais pas te blesser…
- Non, tu ne me blesses pas mais parfois j’aimerais bien que tu me ranges sur l’étagère, tu sais.
Pourquoi ?
- Si tu pouvais me ranger près d’un de tes cahiers de poèmes, je serais le plus heureux des hommes de papier. Un cahier et un livre, ça peut s’aimer, tu crois ?
Bin oui, mon Pierrot, pourquoi pas ? Il ne devrait pas y avoir d’interdits en amour…
2. Mouvement de dévotion, de dévouement qui porte vers une divinité, un idéal, une autre personne, etc. L’amour de Dieu, de la vérité, du prochain.
Je n’irai pas jusque là, je crois…
- Pourquoi ?
J’aurais peur d’y perdre ma personnalité. Je veux garder ma personnalité. A aimer ainsi, on doit en oublier de vivre et ne plus respirer que par procuration, à travers l’autre… Non… Je veux être bien et aimer ce que je suis pour me rendre aimable. Oui.
- Je t’aime comme tu es.
Oui, tu es un amour… une amour de papier.
3. Goût très marqué, passion, intérêt pour quelque chose. L’amour des pierres, des bateaux.
La passion… un jour j’ai regardé ce mot… Passion et pâtir ont la même origine, je crois me souvenir… le latin pati, souffrir… ç’est ça ?
‑ Oui, c’est ça.
En toute chose, l’excès me fait peur. Je le crains. Intensément, oui… Je garde intensément. Je préfère.
- Familier. Un amour de (suivi d’un nom) : quelque chose ou quelqu’un de charmant, d’adorable. Un amour de lampe.
Ah… un amour de papier… j’ai su l’utiliser comme il faut, l’expression. Pourquoi tu n’as pas mis la fin.
- Sans intérêt, sans intérêt…
[…]
AIMER v.tr. Eprouver pour quelqu’un des sentiments et de l’attirance physique, très fort, intensément, de façon naturelle et partagée, librement, sans interdits ni contraintes. »