Partager l'article ! Tableau de fleur, pas de question : Edouard Manet: En découvrant ce tableau, une vague de tristesse m'envahit, une v ...
En découvrant ce tableau, une vague de tristesse m'envahit, une vague profonde. Je suis noyée. Je refoule des larmes. J'essaie de comprendre pourquoi ce tableau de fleurs provoque en moi ce sentiment diffus de peine.
Commençons par le commencement. Je me suis approchée parce que j'aime les fleurs. De loin, la composition m'attirait. Les couleurs. Rouge, blanc rosé. Pivoines. De plus près, j'ai reconnu les pivoines. C'est une de mes fleurs cultivées préférées. Mon cœur préfère les coquelicots et les marguerites mais pour la sensibilité, c'est pivoine et magnolia. Quant au rouge, bien sûr, c'est l'amour charnel... Tout un programme, une palette de sentiments agréables. Des évocations tout en sourires et en pulsions de vie.
Je souriais en m'approchant. Je souriais.
Le sourire s'est enlaidi, attristé qu'il était en découvrant le tableau de près. Les fleurs sont coupées, tête en bas. Pire, il semble qu'elles ont été jetées là sans aucun soin ni respect pour leur beauté et leur délicatesse. Jetées en tas comme on le ferait de mauvaises herbes. Les pétales écrasés, les feuilles retournées.
Les réminiscences amoureuses se fanent aussi sûrement que vont mourir ces pivoines. D'autres scènes surgissent, se superposent au tableau de fleurs. Boucherie, pièces de viandes, volailles ou faisans, pendus au croc du boucher, tête en bas. De la gorge entrouverte s'échappe un filet de sang qui forme sur la table une mare, pareille à ce pivoine d'un rouge profond. Tristesse. Peine. La mort surgit devant mes yeux tout en regardant ces pivoines. Cette nature morte est terrible. Angoissante. Si le message est de transmette à l'homme que tout a une fin, même et peut-être surtout la beauté, l'objectif est atteint.
Scène de meurtre floral. L'assassin est là, apportant sa touche de cynisme. Posé négligemment sur le bord de la table, grand ouvert, prêt à mordre encore et à dépecer, il attend. Quelqu'un va le reprendre, c'est sûr, le carnage n'est pas terminé. La beauté de ces fleurs ne les protège en rien. Si belles en leur jardin, unies au monde, si pathétiques une fois coupées. J'essaie de les imaginer dans un vase. Je n'aime pas les fleurs coupées disposées dans des vases. C'est l'homme qui compose le bouquet. Leur posture est alors toujours calculée, « esthétique » mais souvent inerte et impersonnelle. Alors que dans leur univers, elles resplendissent de vie et d'énergie. En harmonie avec le vent, elles se balancent, immobiles mais si vivantes et suivent la courbe du soleil, l'intensité de la lumière. Leur teint n'est jamais tout à fait le même. Elles prennent la pose et s'offrent à nos sourires bienveillants.
C'est à cet instant exactement que j'ai retrouvé le sourire. Ce tableau est un manifeste pour hurler au monde que l'on ne doit pas couper les fleurs.
Une fleur coupée, c'est un crime dont l'arme est un sécateur.
Un autre tableau d'Édouard Manet est à rapprocher de celui-ci, c'est « Pivoines blanches ». Si les fleurs peintes semblent moins délaissées, l'on voit un sécateur sur la partie gauche du tableau, ombre menaçante au tableau...
La plus jolie des représentations du tableau "Tiges de pivoines" graphiques est ici :
: http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000053741.html
sur le site d'Insecula qui malheureusement n'autorise pas la reproduction.
Illustration 1864, Tiges de pivoines et sécateur. Édouard Manet (1832-1883). Musée d'Orsay de Paris. : http://www.liviaaugustae.fr/article-arts-71865095.html
le blog de Livia Augustae
Site du Musée d'Orsay : http://www.musee-orsay.fr/fr/evenements/expositions/au-musee-dorsay/presentation-detaillee/article/manet-les-natures-mortes-4169.html?S=&tx_ttnews[backPid]=649&cHash=35dc33e4fb&print=1&no_cache=1&
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