Le Projet de Naissance

Publié le par Ma Cocotte

 

Je lisais l'autre jour dans le Courrier international un article de Katrin Bennhold du The New York Times dont le titre est : liberté, égalité, fécondité.

 

Les femmes françaises ont de la chance. Grâce aux congés maternité, à la prise en charge des frais médicaux et autres facilités, nous pouvons choisir d'avoir un enfant à notre convenance. Dans d'autres pays, c'est un choix dont les conséquences peuvent être néfastes à la carrière, à la vie.

Je suis d'accord avec cela, je pense vraiment que les françaises ont obtenu des conditions très favorables à la création de la vie. En revanche, je ne crois pas que cela soit de la chance. Certains diront que c'est pour encourager les couples français à faire des bébés pour relever le taux de natalité. Bref, que ce soit par stratégie nataliste ou pas, je pense que c'est une bonne chose.

 

Mon dernier enfant à 13 ans. Depuis treize ans - et qu'est-ce que c'est que treize ans ? - tant de nouveautés sont apparues. Je me souviens de tout ce que j'aurais voulu.

J'aurais voulu accoucher dans l'eau mais il fallait aller à plus de trente kilomètres. Trop loin, trop compliqué. Je voulais absolument la péridurale pour ne pas souffrir mais on ne parlait pas comme aujourd'hui des méthodes de gestion du stress et de la douleur. Je ne savais même pas qu'on pouvait me séparer de mon enfant à la naissance parce que j'avais eu la chance, au premier accouchement, d'avoir une sage-femme progressiste, extraordinaire de compréhension, de tolérance et d'écoute.

L'accouchement de mon second enfant s'est très mal passé. J'ai eu l'impression qu'on me volait deux fois mon fils. D'abord ils l'ont emmené pour le réanimer. Ensuite ils l'ont gardé pour le mettre en couveuse. Personne ne m'a rien dit sauf d'être raisonnable, patiente. Accouchée à 7 heures du matin, je suis restée seule sur cette table froide un temps infini. J'entendais d'autres enfants naître dans un état de semi-conscience suite à la longueur et aux souffrances de l'accouchement. Ils m'ont accompagné dans ma chambre. Mais mon fils ? Ils m'ont dit qu'il allait arriver. Oui, vers 13 heures.

Ces heures de séparation ont été les pires de toute ma vie. Ensuite, je ne l'ai plus quitté. L'équipe m'appelait la « kangourou ». Ça m'était bien égal. Je ne savais qu'une chose : ce n'est pas ma voix qu'il a entendu en premier, ce ne sont pas mes mots qui l'ont bercé, ce ne sont pas mes mains qui l'ont rassuré. Il n'a pas senti l'odeur de ma peau ni le battement de mon cœur. Il fallait combler ces lacunes, lui chuchoter des mots d'amour, le masser, le câliner et le rassurer. Il fallait compenser ce que nous avions tous les deux traversé : de longues heures, seuls, comme transis de froid, l'un sans l'autre.

 

Aujourd'hui, sur le blog de La Bouseuse, je découvre une nouveauté. Nouveauté pour moi parce que, apparemment, ça existe depuis un petit moment déjà.

Ça s'appelle le projet de naissance et je trouve que c'est l'innovation la plus humaine, la plus intelligente que ces treize années ont vu naître.

Faire des choix. Plus qu'une chance, un luxe dans notre société actuelle.

Ce projet peut faire naître des discussions, des idées, provoquer des découvertes.

 

En voici une définition.

Le projet de naissance permet aux futurs parents de se projeter dans le moment de l'accouchement et de l'accueil du bébé. C'est l'occasion pour eux de réfléchir à ce qu'il souhaitent, d'exprimer leurs désirs, de clarifier le contrat de soins avec le personnel médical et de le négocier (jusqu'à la dernière minute), et enfin d'être acteurs de ces moments. Il peut évoluer dans le temps, être oral ou écrit. Il est recommandé d'en faire une synthèse de quelques points essentiels à inclure dans le dossier médical. La création d'un tel projet est recommandée dans le rapport Mattéi de 2003, le plan périnatalité 2005-2007 de Douste-Blasy (sorti en 2004) et un rapport de la Haute autorité de santé (HAS) en 2005. » Sophie Gamelin-Lavois, nov. 2006)

 

Vous en trouverez un exemple entre autres sur le blog de La Bouseuse.

 

Je vous envie mesdames... Oui, je vous envie.

Pour celles qui découvriront ce projet de naissance au début de leur grossesse, ce sera l'occasion d'en discuter, de découvrir ce qui existe, de se renseigner et au final de choisir. J'ai bien dit choisir. Ne pas se contenter de ce qui se pratique dans la maternité où l'on va aller, ou de la dernière pratique à la mode, ou de je ne sais quoi encore.

Non, choisir.

 

Sans ironie aucune, je trouve cette époque, parfois, formidable.

 

Publié dans Vu - lu - entendu...

Commenter cet article

Plume Vive 05/10/2011 12:12



et plus encore !


lorsqu'on lit ce genre d'initiatives, que les parents osent exploiter, je dis que c'est encore plus que formidable ;)



Ma Cocotte 05/10/2011 12:36



yesss ! Le monde n'est pas très joli en ce moment. Tout ce qui peut nous réjouir est le bienvenu