Impromptus littéraires : ciel, sanglot, miroir, froisser et or

Publié le par Ma Cocotte

 

 

« Faut toujours que tu dramatises tout !!! »


Les petits cheveux sur sa nuque se hérissent. Les poils de ses bras, aussi. Elle serre les poings, d'instinct. Les lèvres sont mordues et la brève douleur, aussi fugace qu'intense, détourne le chemin de ses noires pensées.

Elle lui tourne le dos, cadenasse son regard, règle la netteté pour que des larmes ne viennent pas noyer ce qu'elle regarde. Tiens, les carafes sont poussiéreuses. Je vais les nettoyer, ça va m'occuper.

La porte claque. Elle réprime un sanglot.


Voilà. C'est le seul mot qui lui vienne à l'esprit. Voilà. Y a des jours comme ça. Des jours de pur venin, des jours âcres, des jours à l'envers ou de femme plutôt sympa, de mère plutôt tolérante, elle passe au statut de harpie infecte, de mère abusive et exigeante.

Il n'y a pas de raison apparente, de motivation ni d'explication. C'est comme ça. Voilà.

Ces jours-là, à l'inverse de Midas qui transformait tout en or, elle transforme tout en fiel. Elle attrape la cafetière italienne sur l'étagère. D'habitude, elle rutile comme un miroir mais évidemment, aujourd'hui, en l'ouvrant, elle réalise qu'elle n'a pas été vidée la dernière fois. Le marc de café est moisi. Elle s'approche pour sentir mais ça ne sent rien. Le fiel malgré tout remonte.


Elle ne sert vraiment qu'à ça dans cette maison, payer les factures, faire le ménage, servir de bonniche. Ras le bol. La vérité, c'est qu'elle ne rêve que de solitude, d'éloignement, d'isolement. Elle n'aime plus rien ni personne. Elle trouve tout sale, laid, gris, terne, moche comme ce ciel d'automne qui n'en finit pas de pleurer toutes les larmes de pluie de son corps.


Elle frotte, aspire, nettoie. Elle claque les portes à tout va tout en grondant d'odieuses imprécations contre la terre entière. « Vie de merde, saloperie de vie de merde ! ».

Elle tombe sur un papier. Elle sait qu'il y tient, à ce dessin. Elle meurt d'envie de le froisser, de le déchirer, de le lancer au plus profond de la poubelle pour que jamais il ne le trouve.

Figée, elle écoute son cœur mauvais comme une teigne battre fort, au plus fort de sa colère. Faut tout leur donner, toujours, sans compter, sans rien recevoir, jamais.

Mesquinerie. Aigreur. Rancœur épuisante qui explose dans son cerveau.

Ce dessin. Laissé là. Pas donné, non, laissé.


Figée, une feuille de papier à la main sur laquelle trône un chevalier post-apocalyptique, elle tente de retrouver son souffle.

Brisée par la colère, elle s'assoit, pose délicatement le dessin sur la table.

Il faudrait qu'elle puisse réfléchir, poser ses sentiments, sa colère comme elle a posé ce dessin sur la table.

Il faudrait qu'elle puisse oublier que déjà ce matin, elle n'avait pas envie de se lever, de sourire, de parler, d'aller travailler, de confronter son image au regard des autres.

Il faudrait qu'elle accepte qu'elle ne s'appartient plus.

Il faudrait qu'elle accepte son incapacité à vivre, juste là, ici et maintenant. Cette fuite en avant de chaque jour, de chaque instant.

Elle se lève, prend son manteau, met ses chaussures, attrape les clés de la voiture et s'en va.

 

 

 

 

Consignes des Impromptus littéraires du 26 au 2 octobre.

 

Quelques semaines à prolonger l'été en rêvant à la mer, au sable... Nous sommes prêts à basculer dans l'automne. Racontez-nous, en prose ou en vers, ce que la saison évoque pour vous, mais attention, votre texte devra impérativement comprendre les cinq mots suivants (pouvant être utilisés sous toutes leurs formes, donc conjugués ou accordés):

 

ciel, sanglot, miroir, froisser et or.

 

Merci de souligner ou de mettre en gras les cinq termes, histoire de faciliter la vie à vos gentils administrateurs.

Vous avez jusqu'au dimanche 2 octobre minuit heure de Paris pour nous convaincre, à l'adresse habituelle, de plonger dans la nouvelle saison.

Publié dans Jeux d'écriture

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