Jardinage à l'ancienne : 5. Travail de la terre

Publié le par Ma Cocotte

 

« Tous les mois, je copierai les bons conseils d'un vieux livre précieux sur le jardinage à l'ancienne ! Références du livre tout en bas, issu de ma petite collection et non, je ne veux pas le vendre parce que mes livres, je les aime et puis c'est tout !!! Ayant déniché celui-ci depuis peu, je l'ajoute à l'autre référence, qui donnait des conseils bien plus sommaires. Si vous avez des questions, allez-y, j'essaierai de trouver la réponse. J'avoue que moi-même je ne connais pas tout ça. Appréciez le style 19e, c'est jubilatoire. »

 

I. Notions préliminaires. 5. Travail de la terre.

 

Avant d'emblaver [1] un terrain, il a besoin d'être préparé à recevoir les graines, les plantes ou les arbres qu'on lui destine.

Si le terrain n'a point encore été cultivé en jardin, il est utile de le défoncer. Pour cela, on sonde l'épaisseur de la terre végétale, et on porte le défoncement jusqu'au point où elle finit. Cette opération a pour but de ramener à la surface les éléments les plus utiles à la végétation, et que l'eau des pluies a entraînés au fond, à cause de leur solubilité dans ce fluide. Cette opération peut se faire en toute saison, mais mieux en automne et en hiver ; toutefois, il ne faut pas dépasser l'épaisseur de la couche végétale, parce que l'on risquerait de ramener à la superficie une terre stérile. Ce n'est que dans les localités où la terre arable n'a pas au moins une profondeur de 50 centimètres, que, dans un but d'augmenter son épaisseur, il faut bien attaquer la couche inférieure, et suppléer par des engrais à son peu de fertilité.

Cette profondeur de 50 centimètres n'est pas suffisante pour les arbres fruitiers, le défoncement doit avoir au moins un mètre. Mais si on recule devant la dépense d'un défoncement entier, il faut ouvrir des tranchées à cette profondeur, sur les lignes que devront occuper ces arbres, et en garnir le fond avec de bonnes terres. Le défoncement se fait à la pioche dans les terrains durs et compactes, et à la bêche dans ceux plus perméables.

On débute par ouvrir une jauge, en commençant le travail, sur la largeur du terrain à miner, en le divisant toutefois par planches, suivant son étendue. La terre qu'on en sort doit être épierrée, quelquefois même passée à la claie et déposée sur le côté. On continue ce travail en rejetant dans la jauge ouverte la terre qu'on tire de la seconde tranchée, après l'avoir ameublie de la même manière, et on continue jusqu'à la fin ; on remplit alors la dernière jauge avec la terre de la première.

LABOURS.

- Tous les labours ordinaires se font à la bêche. Les labours ont pour but d'ameublir la terre en la retournant, ce qui la rend plus perméable à tous les fluides que lui procure l'atmosphère. Plus ils sont profonds, meilleurs ils sont. Pendant le labour, l'ouvrier doit scrupuleusement briser les mottes, enlever les pierres et les racines des plantes, ainsi que détruire les insectes ou larves qu'il rencontre, comme vers blancs, courtilières [2], lombrics, qu'il doit écraser et non couper en deux, car ces vers de terre se reproduisent entiers de leurs fragments. Les planches labourées doivent être soigneusement nivelées et recevoir un coup de fourche ou de râteau avant d'être ensemencées ou plantées.

BINAGE.

- Cette espèce de labour se fait plusieurs fois par an ; il est peu profond et a pour but de détruire les herbes parasites et inutiles, de rompre la surface croûteuse de la terre qui résulte du contact de l'air, de l'eau de la pluie et des arrosements, et d'y faciliter l'accès des gaz atmosphériques. On conçoit que les terres compactes ont besoin d'être binées plus souvent que celles qui sont légères. Le binage se donnant pendant que le terrain est garni de plantes, doit être fait avec soin pour ménager les racines et leur collet, et ne pas froisser leur feuillage, ni écorcher leur tige. Le binage ne doit se faire que quand l'état de l'atmosphère est favorable à la végétation, et sa profondeur est réglée sur la nature des plantes, selon que leurs racines vivent plus ou moins rapprochées de la surface du sol.

SERFOUISSAGE.

- Cette opération, dont les effets sont les mêmes que ceux de la précédente, se fait plus souvent, plus superficiellement, et par le même temps. Elle est surtout utile pour la perméabilité de la terre.

SARCLAGE.

- C'est un serfouissage fait à la main sur les planches ou plates-bandes d'un jardin occupées par des plantes trop rapprochées pour l'emploi d'un instrument. On sarcle par un temps humide ou à la suite d'un arrosement. C'est aussi l'opération de détruire les mauvaises herbes d'un jardin.

ALLEES.

- Quand on dispose un jardin, on trace les allées, qu'on ne défonce ou laboure qu'autant qu'on a besoin de la terre végétale qu'elles contiennent, car autrement ce serait un travail inutile et même nuisible, puisqu'il ôterait au sol la solidité dont il a besoin. Lorsqu'on en prend la bonne terre, on comble avec des pierrailles, des tufs, etc., que l'on tasse en les battant, et que l'on recouvre de sable. Si on laisse le terrain tel, il ne s'agit que de le niveler et de le ratisser.

RATELAGE.

- Le râtelage a pour but de donner aux allées et aux plates-bandes un aspect de propreté. On donne un coup de râteau après un labour, un binage, et quelquefois après avoir semé. Enfin, on entretient les allées en les ratissant et les râtelant souvent.

TERREAUTAGE.

- Il consiste à répandre sur une planche semée ou que l'on se propose de planter, du terreau fin, c'est-à-dire passé au crible. Cette couche ne doit avoir qu'une épaisseur de 1 à 2 centimètres au plus. On dépose sur la planche le terreau par petits tas à peu près également distancés, et on l'étale le mieux possible à l'aide d'un râteau. On peut terreauter jusqu'à la fin avril.

PAILLAGE.

- C'est répandre sur une planche, du terreau très-pailleux pour en couvrir la terre de 3 à 4 centimètres et aussi également qu'on le peut. On ne paille qu'à partir de la fin d'avril, parce que le paillis entretient l'humidité, ce qui pourrait être surabondant avant cette époque. En tenant la terre humide, il l'empêche de se croûter, ce qui la rend plus apte à s'imbiber de l'eau des arrosements à l'évaporation de laquelle il s'oppose. Comme le terreautage, cette opération a en outre pour but de céder au sol toutes les substances solubles qu'il contient, et qui y sont entraînées successivement par les arrosements ou les pluies, au grand avantage des plantes. Des feuilles sèches répandues comme le paillis font un excellent effet.

FUMURE.

- Opération par laquelle on applique les engrais au terrain. Dans la culture maraîchère où l'on fait un grand usage de terreau et de paillis, il est rare qu'on ait besoin de fumer les planches dont la fertilité se trouve suffisamment entretenue par les labours successifs qui les enfouissent. Mais si ces deux opérations sont négligées, il est utile de rendre chaque année au sol, par l'application d'engrais, les sucs fertilisants que la culture a épuisés. En pareil cas, on apporte sur les carrés à fumer, en décembre et janvier, la quantité de fumier nécessaire qu'on y dépose en tas également distancés. Ce fumier est ensuite étalé à la fourche, et se trouve mêlé au terrain par le labour qu'il reçoit avant d'être ensemencé ou planté.

Tous les trois ou quatre ans au plus, il est bon de fumer les arbres fruitiers. Pour cela, on laboure peu profondément à leur pied, en ayant bien soin de ne pas blesser les racines ni de les découvrir, et on dépose, sur ce labour, de l'engrais à demi consommé, qu'on recouvre ensuite de terre. Le fumier ne doit pas être mis en contact avec les racines. Si les plates-bandes dans lesquelles végètent les arbres fruitiers sont terreautées, et si l'on entretient à leur pied un paillis assez épais, ces fumures peuvent être beaucoup plus éloignées.

Il en est de même pour les plates-bandes des parterres et de toutes les places où l'on cultive les plantes d'agrément, soit isolées, soit en massif. Elles n'ont besoin d'être fumées, avant leur labour, que lorsqu'on ne les terreaute ni ne les paille. Dans le cas contraire, ces engrais, et les binages, sarclages, ainsi que le travail à la bêche lorsqu'il est nécessaire, suffisent parfaitement.

On ne saurait trop répéter aux amateurs que toute bonne culture est impossible sans une quantité convenable de fumier ou engrais.

 

[1] Emblaver v. (de en et du latin bladum, blé). Semer une terre en blé ou en toute autre graine. [2] Courtilière n.f. Genre d'insectes orthoptères sauteurs, voisins des grillons : les courtilières ravagent les jardins. (On dit aussi taupe-grillon).

In Nouveau Petit Larousse Illustré 1932. Note de la copiste.

 

 

 

Ce texte est extrait de :

Le Jardinier pratique ou Guide des amateurs dans la culture des plantes utiles et agréables contenant les jardins fruitiers, potagers et d'agrément augmenté de la composition des jardins et de la culture des plantes de serres et d'appartement par M. H. Rousselon avec la collaboration de MM. Jacquin, Bocquart, Noisette et Vibert. - Illustré de 200 gravures sur bois. - Paris : Théodore Lefèvre et Cie, [circa 1860, peut-être, je ne suis pas sûre].

 

Illustration trouvée sur le blog « Mon potager vivant »

Publié dans Jardinage

Commenter cet article

jojohaase 13/07/2009 18:39

>> je sais enfin la différence entre le binage, le serfouissage et le sarclage! Franchement c'est la première fois que je vois une déf aussi précise! vive les anciens...jojohaase

Ma Cocotte 14/07/2009 07:37


Ouais, j'adore. Je n'avais jamais jardiné auparavant et maintenant non seulement j'apprends des trucs rigolos style serfouissage mais en plus j'apprends que
j'ai des muscles dans le dos, entre les omoplates et derrière les cuisses...