Un tableau, une question : Chagall, Le Rêve ou le Lapin

Publié le par Ma Cocotte

Le Rêve, 1924 (ancien titre : le lapin). Marc Chagall (1887-1985). 81 x 100 cm ; Paris, musée d'Art moderne de la Ville de Paris.


À la renverse sur le dos d'un drôle d'âne, une jeune femme rêve en regardant le ciel. Chagall a peint le paysage du point de vue de la femme. Comment a-t-il peint le paysage ?

Une Année au musée. - Réunion des Musées nationaux ; Mango jeunesse, 1998.


L'artiste :

Marc Chagall, peintre, graveur et décorateur français d'origine russe (Vitebsk, 1887 - † Saint-Paul-de-Vence, 1985).

Après avoir travaillé à Paris de 1910 à 1914, il s'est installé en France en 1923. Avec une verve inventive, il s'est inspiré du folklore juif, de Paris et de la Provence. À Nice, un musée national est consacré à son Message biblique. (In Le Petit Larousse illustré 1992).


Le tableau :


Il est amusant de constater que dans les interprétations des rêves, rêver d'un lapin a pour sens les faux-amis. Faux-amis, faux-semblants, n'est-ce pas là une interprétation onirique pertinente de ce tableau ? Ailleurs, le lapin est le symbole d'un projet. D'autre part, l'envers est interprété comme l'échec d'un projet. ah... si l'on s'en tient à cette interprétation, imaginons un instant que Chagall ait subi une trahison d'un ami mais que cette trahison n'aboutira pas... Me voilà soulagée, souriante, amusée de mon impertinence. Imaginons... un propriétaire de galerie d'art promettant une exposition lucrative ou l'achat de toiles... qui ne se feront jamais. Trahison !

La porte est entrouverte : tout est possible.


Je crois qu'il n'y a pas de sens imposé à la lecture d'un tableau. On ne saura jamais tout à fait ce que l'auteur y a peint. A contrario, on sait toujours intuitivement ou concrètement, ce que nous, nous y mettons : notre sensibilité.

Je lis un tableau avec pour grille de lecture mon vécu, ma personnalité. Votre lecture ne sera jamais la mienne, et chacun, si l'on nous demandait d'écrire l'histoire de ce tableau, de la développer, nous écririons une histoire toute personnelle et différente.

Tout est magie en ce monde, si l'on veut bien prendre le temps de se poser et d'accorder à nos sens l'occasion de s'exprimer.


Ce tableau a d'abord eu pour titre : « Le Lapin », puis « Le Rêve ». Chagall aurait pu l'intituler « Rêve de lapin » ou « Lapin rêvé ». Mais non. L'artiste pense « Lapin ». Il écoute ses sens, son instinct, peut-être y songe-t-il... peut-être laisse-t-il son esprit vagabonder avec pour point d'ancrage un lapin. On ne sait.

Certains y voient même un âne et non un lapin...

Une femme renversée sur le dos d'un lapin... nue, comme offerte en sacrifice.

D'où l'artiste a-t-il fait surgir ce lapin géant ? De quel chapeau de magicien ? Et pourquoi en avoir changé le titre ?


Sous l'Ancien régime, comme nous l'avons vu pour le tableau du Titien, la Vierge au Lapin, à l'époque les lapins en peinture représentaient la dépravation. De là, ce lapin géant, cette femme reversée nue... (toussote) je vous laisse imaginer la suite. On dit que le groupe des Surréalistes lisait ainsi ce tableau, ce lapin géant comme le « ça » de Chagall, son réservoir de pulsions sexuelles.

 

« Le Rêve », image sensorielle d'un rêve érotique. Voilà qui est plaisant et donne encore une autre lecture. Oui, tout est mélangé sur cette toile, tout est emberlificoté. Rien ne semble à sa place comme si l'artiste, emporté par l'élan de l'amour, ne sait plus rien du sud et du nord, des couleurs ou du nom des choses. J'aime bien l'idée de cette lecture. Éperdu d'amour, l'homme derrière le pinceau ne sait plus rien de la réalité...



La technique :

L'assemblage des couleurs semble anarchique et en cela l'ensemble du tableau répond à ce principe. Rien n'y est « comme dans la réalité ». La vision de Chagall se veut onirique et sa technique soutient en cela l'idée du rêve. Les rêves où rien n'est à sa place, où l'on passe d'un lieu à l'autre, d'un personnage à l'autre, comme ça, sans raison, sans logique.

Les coups de pinceaux sont larges, les couleurs comme apposées au hasard.

Tout ce bleu qui semble couler de partout, oui, couler, tout autour de la Lune.

Certaines couleurs, à mes yeux, jurent et ne semblent pas du tout s'harmoniser, comme pour souligner encore le désordre de la vision.


Tableau précédent / réponse à la question.

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Quichottine :0010: 22/12/2008

Il l'a peint à l'envers... Bien sûr !Dérision ?Pourtant, j'aime bien...

une page par jour 23/12/2008

la terre est le ciel et le ciel est la terrej'adore chagall et je ne connaissais pas cette oeuvredans cette représentation de l'envers, j'y tombe comme dans un vertigeles mouvements du ciel donnent l'impression que la lune bascule dans le vieil n'y a plus d'appuiplus d'équilibre