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Lundi 29 décembre 2008

Avant.
« Dis, M'man, pourquoi qu'on vient toujours à la mer avant d'aller chez papy et mamie ? demande la petite.

-Pour faire le plein de calme, de sérénité... Pour emplir nos cœurs de la force des flots et des courants et nos esprits de la liberté du vent... Pour se sentir tout petits face à l'immensité... pour apprendre l'humilité...

-C'est quoi l'humilité, M'man ?

-C'est une façon d'être, Ma Douce, c'est de ne jamais se croire ou plus fort ou meilleur que les autres. C'est être capable de tolérance, d'écoute.

-C'est pour quand on sera chez eux qu'tu dis ça, hein ?

-Oui, chérie. Maintenant vous savez qu'ils sont juste différents, mais surtout très malheureux, surtout ton grand-père, lui, c'est depuis toujours.

-Il sait pas l'amour, papy, hein ? Demande Hugo.

-Non, mon grand, il n'a jamais su. »

Le silence les envahit. Un concert de klaxons sur la route derrière eux provoque une grande envolée de mouettes... la mère les regarde et son regard s'évade, s'enfonce vers d'autres lieux, d'autres jours. Les souvenirs affluent et elle se souvient de ce jour où, rentrant de l'école, elle trouva une mouette dans le petit chemin qui longe le jardin. Ce n'était pas la première fois qu'elle trouvait un animal blessé. Elle ne les ramenait plus à son père pour qu'il les soigne, non. Elle avait compris que son père ne les soignait pas. Quand il lui disait que les animaux, guéris, avaient repris leur liberté, c'est qu'il les avait tués. Cette mouette, elle l'avait cachée, nourrie et soignée et puis un jour, la mouette avait recouvré la liberté, et c'était un matin de Noël comme celui-ci, comment avait-elle pu oublier ?

« Vous savez ce que c'est, les enfants, la vraie magie de Noël ?

-Euh... Ben... euh... dis !

-C'est l'espoir... l'espoir pour tout le monde d'un monde meilleur, peu importe que l'on soit heureux ou malheureux. L'espoir. Oui, l'espoir. »

La petite regarde sa mère sans vraiment comprendre. L'espoir, c'est pas facile à dessiner, ça... ce serait quoi la couleur de l'espoir, se demande-t-elle quand son frère interrompt le fil de sa réflexion en sautant sur ses pieds. Il leur fait face et s'écrie :

« On va s'inventer une nouvelle tradition !!!!!!!!!!

-Ah oui ? Laquelle ?

-On va se faire le méga gros vœu géant de Noël, là, tout de suite, on va l'écrire sur un papier du carnet d'Aïda, et puis on pliera la feuille en avion et on ira tout là-bas, au bout de la jetée et on lancera l'avion dans la mer et c'est la mer qui décidera si elle réalise ou pas notre vœu. Vous voulez ?

-Ooooouuuuuuuuuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!!!!! »

L'enthousiasme, l'excitation et la joie des enfants contaminent la mère qui éclate d'un grand rire. Aïda distribue le papier et offre à chacun un crayon de couleur.

Ils s'assoient et réfléchissent car un vœu ne se formule pas à la légère... Il faut faire attention. Ensemble, ils discutent de l'importance d'un vœu, de ses conséquences... ils se rappellent des histoires de leurs enfances. Puis ils se décident. Il est temps de le formuler, ce vœu.

En haut de la page, chacun inscrit : « Vœu de Noël. » Les enfants écrivent, et écrivent, et parfois demandent comment s'écrit tel ou tel mot. La mère, elle, mâchonne son crayon. Faire un vœu c'est important. Surtout un vœu confié à la mer. Elle s'est prise au jeu. Elle en a tant besoin. Toute la semaine, elle a puisé autour d'elle des brassées d'amour, du plus pur au plus amoureux, pour emplir son cœur et son esprit. Pour retourner dans cette maison, il n'y a pas d'autre solution. Il faut être fort mais pas de la force des muscles, non. Il faut rétablir l'équilibre : contre-balancer la noirceur du passé par l'éblouissante clarté de l'amour au présent. Dans cette maison oubliée du bonheur, il faut arriver empli de joie, de générosité et d'amour. La mère finalement écrit très sérieusement, très intensément et avec toute la sincérité dont elle est capable :

« Toi la mer dont les vagues m'ont plus doucement bercée que l'utérus ou les bras de ma propre mère, toi près de qui je suis toujours venue m'apaiser, toi qui a pris mes peurs, mes peines et mes chagrins et les a noyés au plus profond de ton immensité, entends-moi, je t'en prie. Je voudrais que mes parents me disent une fois, une seule fois, qu'ils sont fiers de nous, de moi et de leurs petits-enfants, qu'ils nous aiment. Je le voudrais tellement pour pouvoir pardonner, tu comprends. Donne-moi ta force, ta douce force de tes jours de tranquillité pour tourner cette page, pour laisser là-bas ce passé afin de ne plus penser et ne plus vivre que le présent, afin de le goûter pleinement, ce présent, et d'avoir de l'espoir pour l'avenir. S'il te plait. »

Puis, comme les deux petits, elle plie très vite la feuille de papier en forme d'avion. Hugo se met à chercher autour du banc.

« Qu'est-ce que tu cherches ?

-Des petits cailloux pour lester les avions, ils iront plus loin.

-Ah d'accord, bon ben tu les trouves en marchant : on a juste le temps de rejoindre le bout de la jetée avant d'aller chez vos grands-parents. »

C'est une jolie cavalcade de pas pressés entrecoupée de haltes pour lester les avions de papier porteur des espoirs de chacun. Enfin parvenus à leur but, ensemble, ils comptent jusqu'à trois et à trois lancent le plus fort possible leurs avions de papier. Main dans la main, face à l'océan, ils suivent des yeux les trois petits avions qui virevoltent, portés par les vents pour finir doucement sur les vagues... tâches claires sur le sombre gris vert de la mer...

« A y est, ils ont coulé... tu crois qu'y a une sirène qui les a trouvés, là, dis, M'man ?

-Je ne crois pas, Aïda, je ne crois pas : j'en suis sûre !!!

-Deux sirènes et un triton, même, Aïda, un triton avec un grand trident comme les lances de tournoi de mes cavaliers, tu te souviens ? »

Le grand entraînant la petite, les enfants continuent leur histoire le temps de rejoindre la voiture. Juste avant d'arriver dans le lotissement des grands-parents, la mère rappelle les consignes de sécurité aux enfants... elle se gare, respire un grand coup.

« Prêts ?

-Prêts, M'man. T'en fais pas, c'est pas grave si c'est pas propre, si c'est pas bon à manger ou si ils ont oublié qu'on venait, pas grave s'ils crient ou s'ils sont pas gentils, pas grave si c'est des cadeaux bizarres ou d'occasion, c'est pas ça qui compte, on le sait bien. Ce qui compte, c'est le cadeau qu'on leur fait, c'est d'être là aujourd'hui parce que si nous on y est pas, ben y aura personne pour y aller, chez eux, hein maman ?

-Oui chéri. Notre présence ici, c'est là notre cadeau, oui. Avec les chocolats pour faire comme tout le monde, quand même.

-Pis c'est l'espoir qui compte, que t'as dis M'man, moi j'voudrais qu'ils soient heureux, un jour, papy et mamie. »

Les trois se tiennent par la main. Ils vont sonner. Ils sonnent. Un pas lourd dans l'escalier, une silhouette épaisse derrière la vitre de la porte. La porte s'ouvre.

« Joyeux Noël !!!!

-Ben dépêchez-vous d'entrer, donc, on voit bien que c'est pas vous qui payez le fuel du chauffage !!! »

Serrant les dents et les mains de ses enfants, la mère entre, le cœur empli d'amour, l'esprit empli d'espoir, espérant que tout cet amour sera assez fort pour faire en sorte qu'elle puisse ressortir indemne de la maison, après en avoir laissé un peu à l'intérieur pour consoler la vieille demeure et apaiser les chagrins qui suintent par toutes les fissures de ses murs.

Il est des semaines plus difficiles que les autres, des semaines plus oppressantes, plus étouffantes. Il est des semaines qui précèdent le jour où il faut retourner là-bas, dans cette maison stigmatisée de cicatrices indélébiles. Il est dès jour comme ce 24 décembre où ce voyage est à lui seul le plus lourd d'espoir de tous les cadeaux de Noël.


L'illustration est de Pascal Lazzarotti. Croisé chez Quichottine, ce tableau a été source d'inspiration pour l'écriture de ce conte de Noël qui, bien sûr et comme souvent mes écrits, ne respecte pas les règles du conte.

Nouvelle écrite pour les Impromptus littéraires selon la consigne suivante :

Comme nous vous l'avons annoncé depuis quelques jours, nous vous proposons d'écrire un Conte de Noël pour la quinzaine Noël/Jour de l'An.

Vos textes doivent se présenter en deux parties (2 pages Word maxi chacune), afin que nous puissions publier une partie par semaine.

Vous avez la possibilité de nous envoyer un texte chaque semaine, ou de nous envoyer les 2 d'un coup (en nous spécifiant bien la fin de la première partie).

Par contre nous vous demandons, si vous avez écrit pour la première semaine, de vous engager à nous envoyer votre deuxième texte en temps et en heure.

Pour cette première semaine, vous avez comme d'habitude jusqu'à dimanche minuit pour nous faire parvenir votre fichier à cette adresse.

Nous vous souhaitons beaucoup d'inspiration, et un "Joyeux Noël" à tous !


Par Ma Cocotte - Publié dans : Nouvelles - Communauté : Chroniques du temps présent
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