Un tableau, une question : Gentile da Fabriano, la réponse

Publié le par Ma Cocotte

 

La réponse :

Quichottine et Une page par jour ont donc trouvé la bonne réponse. Bravo. Dracip, c’est l’aubergiste. On le reconnaît parce qu’il est en train de se repentir de sa faute. Saint Nicolas a accompli tellement de miracles qu’il est le patron des marins, des voyageurs, des parfumeurs et des enfants.



Malheureusement, je n'ai pas trouvé la signification des symboles mystérieux dessinés sur le mur. Mais grâce à ce questionnement, mes recherches m'ont appris beaucoup.


Ce tableau est une partie d'un polyptyque : « Episodes de la vie de saint Nicolas de Bari », 1425.


Un polyptique (du grec poluptukhos, aux nombreux replis) est un ensemble de panneaux peints ou sculptés, liés entre eux, comprenant souvent des volets pouvant ou non se replier sur une partie centrale.

Quand il y a deux panneaux, il s'agit d'un diptyque ; trois panneaux, un triptyque ; plus de trois, un polyptyque.


La majorité des polyptyques sont créés pour des retables. Un retable (de table) est, dans une église, une construction verticale portant un décor peint et/ou sculpté, placée sur un autel ou en retrait de celui-ci. Les retables ont souvent été démembrés et leurs oeuvres dispersées ou détruites.


Pour illustrer la composition d'un retable, voici de nouveau le polyptyque de Gentile da Fabriano « L'Adoration des Mages », 1423.


Un retable se compose souvent de trois parties :

la partie centrale pouvant être un seul très grand tableau ou 3 parties (triptyque) ou plusieurs (polyptyque) ;

la partie supérieure composée d'un bandeau et/ou de médaillons, le plus souvent ;

la partie inférieure appelée la prédelle.

La prédelle (de l'italien predella, gradin) est donc la partie inférieure d'un retable, d'un polyptyque, généralement subdivisée en petits panneaux. (In Petit Larousse)


Le polyptyque « Episodes de la vie de saint Nicolas de Bari » est une prédelle composée de quatre tableaux peints sur bois.


1, La Naissance de Saint Nicolas.


2, L'aumône aux trois jeunes filles.


3, Saint Nicolas ressuscite trois jeunes gens mis dans la saumure.


Et 4, Saint Nicolas sauvant un bateau du naufrage.


Ce polyptyque a été créé pour la famille Quaratesi de Florence. Ce sont les dernières oeuvres de Gentile, mort deux ans plus tard. Au-dessus de la prédelle, ce trouvait le panneau central, la « Vierge à l'Enfant » (aujourd'hui en Angleterre) entourée de sainte Marie Madeleine, saint Nicolas de Bari, saint Jean Baptiste et saint Georges qui sont au Musée des Offices de Florence. Le cinquième panneau de la prédelle représente les pèlerins au tombeau de saint Nicolas. Ce panneau, lui, se trouve à la National Gallery of Art de Washington.


Ce polyptyque est l'exemple même du démembrement des oeuvres religieuses, tout principalement des retables, dispersés à travers le monde. Il est dommage de ne pas pouvoir admirer l'oeuvre dans son ensemble. On ne peut pas estimer le travail de l'artiste sur la composition globale... a-t-il ou non conçu la perspective par rapport à l'intégralité de l'oeuvre ou panneau par panneau ?

C'est vraiment dommage.

J'espère qu'une exposition un jour réunira les oeuvres ainsi dispersées et nous proposera de revisiter certains polyptyques démembrés.


Ces tableaux, il faut en goûter chaque détail. Gentile da Fabriano s'intéresse à ce qu'il voit, à la nature, aux objets et il fait entrer le réel et le quotidien dans l'univers fantastique de l'histoire religieuse. La façon qu'il a de peindre la mer dans le sauvetage du bateau par saint Nicolas est montré comme une avancée, une innovation par les critiques d'art.


Gentile da Fabriano a beaucoup voyagé avant de s'installer à Florence. Il a su assimiler et adapter toutes les influences extérieures à son art et à ses oeuvres.


Le courant auquel appartient Gentile da Fabriano est le style gothique international. Aux alentours de 1400, il embrasse une grande partie de la sculpture et surtout de la peinture. Préparé par le raffinement de l'enluminure parisienne ou anglaise, par l'évolution de la peinture en Italie (notamment à Sienne, avec les Lorenzetti), ce style d'esprit aristocratique se rencontre en Allemagne et en Bohème (le maître de Trebon), en Catalogne (Borrassa), dans l'école franco-flamande (Broederlam, les Limbourg), à Paris (miniaturistes), en Italie (Lorenzo Monaco, Gentile da Fabriano, Sassetta, Pisanello, etc.). (In Petit Larousse)


Pour comprendre et apprécier cette période artistique, j'ai lu un excellent article sur le site « ovunque » et sur celui de l' « ac-rouen ».


En attendant, je vais continuer à chercher la signification de ces symboles mystérieux sur le mur de l'auberge.
Le mieux, c'est d'en parler autour de nous.
Si vous connaissez un amateur d'art éclairé qui puisse m'aider, je vous serais très reconnaissante, ami(e) lecteur, lectrice.

 

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Tietie007 27/10/2009 15:22


Superbe ! J'adore les peintre de la pré-renaissance, qui font le lien entre le gothique international et la Renaissance ! J'aime beaucoup L'adoration des mages de
Fabriano et Le couronnement de la Vierge de Lorenzo Monaco.


Ma Cocotte 03/12/2009 14:46


Pareil.
C'est si proche de la perfection que cela me semble une hérésie d'oser en parler.


Edidnac 12/12/2008 12:29

Bonjour,Je suis un lecteur du blog d'harmonie et je suis tombé sur un commentaire où vous exposez votre énigme... et je suis venu...Pour ma part, ces symboles me rappellent les marques compagnoniques des tailleurs de pierres...(des articles intéressants à ce sujet ici et là.)Ce qui expliquerait le fait qu'elles rappellent des marques maçonniques...En espérant avoir apporté un début de solution à l'énigme,Amicalement.

Ma Cocotte 18/12/2008 14:53


Piste extrêmement intéressante. Merci beaucoup :D


Harmonie 12/12/2008 07:54

Et bien pour l'instant, je n'ai pas d'idées.Je confirme qu'il ne s'agit pas de symboles maçonniques, a priori j'aurais pensé à des croix papales, mais si cela a déjà été vérifié...Bon, je ne suis pas non plus une experte en symboles, mais je vais chercher.J'y pense, c'est peut-être juste des agrafes sur le mur (de construction). Je vais voir quels types d'agrafe étaient utilisés à l'époque du tableau. Mais je n'y crois pas trop, les agrafes ne sont pas représentées sur les tableaux d'habitude et elles n'ont pas cet emplacement.Mais bon, je cherche.

Ma Cocotte 12/12/2008 09:20


Merci Harmonie.
C'est une énigme intéressante.
A bientôt


une page par jour 11/12/2008 14:45

du coup, j'ai posé la question sur le blog d'Harmonie ...

Ma Cocotte 11/12/2008 23:51


je vais voir :) merci


une page par jour 09/12/2008 12:44

bravo pour ton article super documenté!pour les symboles, j'ai cherché un peu du côté alchimie, constellations et croix papales, mais sans rien trouver! bizarre. Et si tout simplement gentile avait fait selon son inspiration du moment, rien que pour nous faire chercher? le mystère de l'artiste?

Ma Cocotte 09/12/2008 17:29


Peut-être. Les documents que j'ai consultés n'étaient pas assez documentés. On y parle surtout du polyptyque de l'Adoration des mages, de sa touche
"aristocratique", mais pas tellement de cette prédelle que je trouve bien plus belle que l'autre polyptique, toute de sobriété et de grâce.
C'est pour ça que je fais appel à des spécialistes. J'aimerais vraiment savoir.