Résister

Publié le par Ma Cocotte

Résister

 

 « Tiens, te revoilà, Ma Cocotte… Attends, écoute un peu le chant de la pluie. Pose-moi en équilibre sur ma tranche et laisse-moi éclore. Ah oui voilà ce mot pour toi…

 

RESISTER v.t. ind. [à]

(lat. resistere, se tenir ferme).

« Tu te souviens de cette chanson des années je ne sais plus combien ? « Résiste. Prouve que tu existes. » Qu’est-ce que tu es en train de nous faire, là ? C’est pas ce que tu voulais, qu’il revienne ? »

 

Si, si, Pierrot. C’est ce que je voulais, oui, oui. Seulement, Pierrot, là, avoue qu’on accumule. Il est revenu c’est vrai, mais bon, il ne le serait pas ce serait pareil. J’ai fait quoi pour mériter un tel karma ? Tu peux me le dire ? Je m’étais résignée, presque, moi. Après tout, j’ai une belle vie. Ma vie d’épouse n’est plus, certes, mais elle fut heureuse. Je n’ai pas de regrets de ce côté-là. Ma vie de mère est heureuse. Ma vie sociale est riche et satisfaisante. Matériellement je suis en sécurité. J’ai donc la sécurité et la reconnaissance. De ce côté-là, Pierrot, ça va. Mais est-ce que cela peut compenser l’amour ? Argh… Je viens de dire un gros mot, pardon. Objectivement, ce n’est pas brillant. Autant dire que je suis célibataire. Oh ! Cesse de lever les yeux au ciel. C’est vrai, on ne se voit jamais, on ne peut pas parler, ou juste quelques minutes par-ci par-là. Tu dis ? Il n’est pas en prison, quand même ? Ah si, c’est une forme d’emprisonnement, en quelque sorte. Je suis écartelée entre ce que je ressens, ce dont j’ai envie plus que tout et l’impossibilité totale d’agir. Je ne peux rien faire, si ce n’est attendre et j’enrage, Pierrot, j’enrage. La colère me submerge. Et je m’en prends à lui. Et je m’en veux, je m’en veux tellement. Et c’est si dur pour lui.

 

1. Ne pas céder sous l’action d’un choc, d’une force. Le fer froid résiste au marteau.

« Tiens, bon, résiste, tu es encore sous le choc de ce qui lui est arrivé. Et lui aussi, n’oublie pas. Essaie de te mettre à sa place, ne sois pas mesquine. Sans toi, pour lui aussi c’est un Enfer, mais avec toi, c’est aussi le Purgatoire. T’es pas toujours un cadeau, non plus. »

 

Non mais oh !!!! Ça va pas non ??? Pas un cadeau ??? Pas un cadeau ??? Je n’en connais pas beaucoup qui accepteraient tout ce que j’accepte. Parce que si je m’arrête aux apparences, à l’objectivité des apparences, Pierrot, c’est un choc pour lequel je ne suis pas sûre d’être assez résiliente. Il est revenu, soit. Mais tu as entendu la conversation, hier ? Je t’avais laissé ouvert exprès auprès de moi. Oui ? D’accord. Alors ? Deux potes, deux quasi-potes. Dès que je lui donne de ma tendresse, encéphalogramme plat, il suit pas. Rien. Il est bloqué de l’intérieur tu crois ? Ah… Tu ne sais pas. Eh non, personne ne sait, tu vois, Pierrot, sauf lui. Mais il ne dit rien. Ou alors il essaie de me dire de façon détournée, mais je ne comprends pas. Oui, Pierrot, ça a été un choc. On retrouvait petit à petit notre langage après tant de semaines éloignés. Je me souviens, je lui ai même menti. Je lui ai dit : « D’accord, au jour le jour sans se prendre la tête. » J’ai fixé des règles. Mais quelle idiote j’ai été. Il en a fixé d’autres que j’ai acceptées. Je n’ai même pas le droit de me plaindre. Pourquoi est-il revenu ? La seconde fois où j’ai eu le temps de lui proposer un rencart, j’avais tout préparé, organisé, il me sort : « Eh bien… Il faut que je vois le calendrier, je n’ai pas mon planning, là… » Pas d’enthousiasme. Rien. Alors je me plains, oui !!! Il sait ce que je ressens, lui. Moi je l’ai dit, Pierrot. Non, je l’ai écrit. Dans une lettre. Et par texto. Quoi ? Tu croyais que je pouvais pas envoyer de texto ? J’ai pas le droit, non, mais je l’ai fait quand même et je te semoule.

 

2. S’opposer à l’action violente, à la volonté de quelqu’un, d’un groupe, etc.

« Le problème, c’est que tu n’as aucune patience, tu es toujours en train de t’opposer… »

Aucune patience ??? Mais j’en ai ras la casquette d’entendre ça. Si ça continue, va falloir que çà cesse !!! Tu le sais depuis combien de temps je ne l’ai pas vu ? Tu le sais ????

Et puis si je me raisonne, imaginons. Imaginons que, trouvant ma vie satisfaisante, d’un point de vue social et maternel, je décide que l’affectif est un « bonus », donc que je peux m’en passer. Bin à quoi ça rime de continuer avec lui ? Parce que, dans ce cas-là, c’est tiédasserie et tout le tintouin, je na vois pas l’intérêt. Non, je vois pas, vraiment. Ou alors je le garde comme pote. Pas plus. Et bien sûr que je m’oppose ! Bien sûr que je refuse ! Ca rime à quoi, tu peux me dire ? Il n’est pas heureux, et cela objectivement, en dehors de moi, il n’est pas heureux. Sans moi, il a une vie satisfaisante, comme ma vie l’est sans lui. Mais les sourires, Pierrot, le partage, les frissons, l’adrénaline et tout le reste. C’est où ? Jamais je ne me résignerai. Ce qui me tue, c’est l’impuissance et la frustration.  Ça me mine, ça me sape, ça me détruit. Il suffirait juste qu’il me dise ce qu’il veut, tu vois. Non pas ce qu’il compte faire, nan. M’en fiche de ça, c’est pas le moment, il n’est pas en état de faire quoi que ce soit. Mais ce qu’il ressent. Juste ce qu’il ressent. Seulement, c’est pas le moment de demander non plus. Ce serait lui ajouter du souci. Donc, je fais comme si de rien n’était et ça me donne envie de hurler. Et parfois, je perds pied, je perds espoir. Je vois tous les interdits, je vois toutes les complications et je cherche désespérément des solutions. J’en ai bien une mais le prix à payer est trop cher. Aucun de nous deux ne voudra le payer.

 

3. Lutter contre ce qui attire, ce qui est dangereux. Résister à un désir.

« Tu ne peux pas lutter contre tes sentiments,  Ma Cocotte. Et sans doute, lui aussi, s’il est revenu vers toi, c’est qu’il ne peut pas lutter contre. »

Ah oui mais là je t’arrête. Je ne doute pas qu’il soit aimanté par moi. Tiens, c’est joli ça. On est aimants. Là je souris. Hé, Pierrot, c’est mon premier vrai sourire de la journée. Bon, ça, c’est dit. Le problème, c’est que ça en reste là. Prononcer « demain », pour lui, ça tient du miracle. Oui, je sais, Pierrot, notre non-histoire est dangereuse pour lui, je sais… Moi je suis disponible et patati et patata… Hé ! Je ne l’ai pas forcé, hein ! Au contraire, je lui ai toujours laissé le choix. Il a voulu qu’on soit « raisonnables » ? D’accord… J’ai dit d’accord. Ce n’est pas moi qui suis revenue. C’est lui. Et encore une fois, Pierrot, ce n’est pas juste. Lui il sait que je suis raide dingue de lui mais moi, je sais quoi ? Que j’ai reçu dans la semaine trois appels d’une moyenne de 10 minutes… Pas de textos, pas de mails.

Et pourtant, « avant », avant il le faisait. Avant je valais la peine qu’il prenne des risques. Et ça me fait peine et chagrin. Oui, c’est pas tellement qu’il n’appelle pas, tout ça. Ce qui me fait peine et chagrin, c’est que jamais plus il ne prend de risque. Aucun. Même pas des tout petits, tout petits. Je vais le perdre à nouveau, Pierrot. Je n’ai pas envie de le voir, je refuse de le voir mais je le sens. Non, ce n’est pas que je le sente, non. C’est que ça me terrorise. Quoi ? Je ne suis jamais contente ? Bin, si, parfois… Quand il est près de moi. Mais là, il faut avouer que c’est difficile, très difficile, très, très difficile. J’ai les paupières qui brûlent et les yeux au bord des larmes. Il me manque, Pierrot. Il me manque tant. Et la fatigue n’aide pas. Comme je m’investis dans tout le reste de ma vie à 1000 à l’heure, et que j’outre-insomnise… je suis très fatiguée, Pierrot. Tu vois, là, vendredi, il savait très bien que c’est peut-être la dernière fois qu’il pouvait m’appeler avant … avant tellement longtemps… Trois, quatre semaines. Mais il n’en parle pas, il ne dit rien. Je m’y prépare, Pierrot, je me prépare à rester sans nouvelles. Ça sert à rien de lutter. On lutte quand on peut agir. Moi je ne peux rien faire. Je suis dépendante de son bon vouloir/pouvoir. Et tu sais quoi, Pierrot ? J’ai horreur de ça.

 

4. Tenir ferme, supporter sans faiblir. Résister à la fatigue.

« Tiens bon,  Ma Cocotte, tiens bon. Il en vaut la peine, non ? »

Bin oui mais quand même. Bonne mais pas conne. Si nous restons six mois sans nous voir, c’est dit, j’abandonne. Je ne demande que ça, moi : des appels, de la tendresse et le reste quand on se voit. Pour l’instant, je le pardonne parce que ce qui arrive, ce n’est pas sa faute. Et il souffre. Et ça j’en crève. Mais je n’attendrai pas après septembre. Et j’en ai assez fait. Mes deux dernières offres pour se voir, Pierrot, il les a refusées. Alors… Ajoute à ça qu’il me parle comme à une potesse. Qu’il ne prend plus aucun risque du tout. Qu’il n’exprime pas sa tendresse. Comprends-moi, Pierrot, j’estime donner le maximum de ce que je peux donner au vu de ce que je suis. Je sais que je donne beaucoup plus que ne donnerait la plupart des femmes. Mais je ne suis pas une Sainte, non. J’en veux à la vie et je lui en veux aussi.

 

Sans lui, l’Enfer. Avec lui, le Purgatoire. C’est quand le Paradis ?

 

Publié dans Des mots & des maux

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Quichottine :0010: 08/05/2008 10:34

Suis contente de te lire... mais j'ai bien trop de retard, je ne vais pas y arriver !

Merci pour tes bisouillages...

Ma Cocotte 08/05/2008 11:13


Mais is, mais si, comme je pars en vadrouille, je vais moins écrire. J'emmène ma clé USB : la nouvelle pour les impromptus, la première nuit de cocotte et yéti, bref, quelques idées à développer,
quelques textes à peaufiner...

D'ici dimanche, tu auras le temps de lire. Et puis tu n'es pas obligée de Tout lire ;)


Quichottine :0010: 08/05/2008 09:34

Je suis étonnée... Personne ne t'a encore écrit ?

Moi, j'aime bien ce Pierrot, ce Larousse un peu coquin qui essaie de te remonter le moral parfois ou de te secouer les puces...

J'aime bien la façon que tu as de dialoguer avec lui, je crois que lui, il t'aime ! (rire... mais c'est vrai. Ce qu'il y a c'est que toi, tu l'aimes, et qu'il sait te le rendre, lui..)

Pour ton paradis, je ne sais pas... peut-être arrivera-t-il avec un autre qui ne sera pas ton Yéti.

... OK, je file !

Ma Cocotte 08/05/2008 09:41


Lol

C'est ce que je finirai pas dire.

Mais tu sais, on se guérit pas d'un Yéti comme ça... Il a rien d'exceptionnel sauf qu'il l'est dans le sens ou il est ma complétude, cet abominable homme des neiges.

Pfff...

Je vais bien, je t'assure.

Bizouilles, Quichottine