Rêver

Publié le par Ma Cocotte

Ma Cocotte a un ami très cher, Pierrot, son dictionnaire. De temps en temps, elle l’ouvre et ils papotent.


« Hé ! Ho ! Cocotte !!! Réveille-toi, là ! Pourquoi m’ouvres-tu si c’est pour me laisser tout seul comme ça. Encore en train de rêver
  ?

 

- Oui… Je rêvasse. Je pense à Mon Yéti.

- « Ton Yéti » ??? Comment ça « Ton Yéti » ? Parce que tu es de nouveau avec ? Tu n’es vraiment pas raisonnable*, sais-tu ?

- Alors d’abord, je ne suis pas « avec ». Je ne peux pas et je ne serai jamais « avec ». Ok ?  Je suis à côté, en lui, partout où tu veux mais pas « avec ». On n’est pas « avec » un homme marié à plusieurs centaines de kilomètres. Ça ne s’est jamais vu, ça. Pfff… et puis ta morale à pas même un euro, là, tu te la gardes, Pierrot. Tu me gâches mon rêve, là. Je n’ai pas besoin que tu m’enfonces, Pierrot, j’ai besoin que tu me soutiennes.

- Ne sois pas injuste, Cocotte, tu veux ? Alors… Raisonnable, rêver… Eh bien voilà qui va nous donner de la matière, non ? Par lequel commençons-nous ?

- Rêver, Pierrot, s’il te plaît. Je ne sais pas pourquoi, mais le raisonnable risque fort de ne pas me plaire. Grrrr… Tu le fais exprès, hein ?

- Non, Cocotte, pas exprès. Je ne fais jamais que suivre tes ressentis. Si nous nous penchons sur ces mots, c’est que tu les prononces ou les a prononcés. Je ne fais que les répéter à bon escient. Alors, va pour rêver.

 

RÊVER v.i. (du latin populaire exvagus, errant).

- Quoi ?

- « Comment ? », je dis « comment ? », poliment. Je ne coasse pas un « quoi ? » qui sonne comme un couac.

-Mouais… bon, ça va. Des leçons de maintien et de bonnes manières, peut-être ?

- Certains jours, ça ne te ferait pas de mal, Cocotte. Ah… de mon temps…

- *Rire* De ton temps, on était bien poli mais on a jamais été aussi libertin… les petits dîners coquins, je suis sûre que tu les fréquentais, Pierrot. Dans les « salons », on ne se contentait pas de causer. Alors, un peu de douceur ne te fera pas de mal à toi, en revanche. Ainsi le mot « rêver » vient d’exvagus en latin, errant… l’errance, j’aime ce mot. Promenades sans but dans les méandres de mon cerveau, rêvasseries itinérantes. Oui, j’aime ce mot. Je savais que j’aimerais le mot puisque j’aime tant rêver.

- C’est vrai, souventes fois tu m’en as parlé, de tes rêves. C’est un mot qui revient souvent dans tes paroles.

1. Faire des rêves pendant son sommeil. Se souvenir d’avoir rêvé.

- Tu rêves dans ton sommeil alors ? Tu t’en souviens, de tes rêves ?

- Rarement. Des cauchemars*, oui, peu des rêves. Je ne me souviens que des sensations. Je peux dire au réveil si ce fut un rêve ou un cauchemar, mais très rarement ce que j’ai rêvé exactement. Comment tu définis « cauchemar », pour voir, par opposition ?

 

CAUCHEMAR n.m. (ancien français caucher, fouler, et néerlandais mare, fantôme).

1. Rêve pénible, angoissant.

2. Idée, chose ou personne qui importune, tourmente.

CAUCHEMARDER v.i. Familier. Faire des cauchemars.

 

- Brrr… ça me fait froid dans le dos. Par contre, tout le monde utilise le verbe cauchemarder. Tu es en contradiction, quand même. Rêver vs Faire des cauchemars. Comme si rêver était un acte naturel, involontaire mais que cauchemarder ne tenait qu’à nous même. « Faire », verbe d’action par excellence. Tu sous-entends que nous nous créons nos propres cauchemars ?

- L’adage ne dit-il pas : « On ne rêve que de ce qu’on a pas ? » Donc, ça peut être du bon comme du mauvais. Si j’étais psychologue, psychiatre ou psychanalyste, j’imagine que j’aurais quelques théories sur le rôle de l’inconscient, ou du ça, pourquoi pas, peut-être du pathos, de l’éros et tutti quanti. Je ne le suis point. Je dis juste que de tous temps, on dit « rêver » et « faire des cauchemars ». La langue, le vocabulaire sont primordiaux, tu le sais, et révèlent à leur manière toute simple de grandes vérités bien compliquées. Non ?

- Mouais… de toute façon, je n’ai pas besoin de toi pour savoir d’où viennent mes cauchemars.  Je les ai écrits. Je les ai transformés en nouvelles. Ils sont cachés. Peut-être que ceux qui n’ont connu que la facilité s’en créent, des cauchemars. Peut-être qu’ils transposent leurs angoisses, qu’ils se font peur pour se sentir vivants. Très peu pour moi. Je préfère rêver pour exister que cauchemarder. Je ne veux plus que du beau, du bon, de l’intense.

 

2. Laisser aller sa pensée, son imagination ; rêvasser. Rester des heures à rêver.

- C’est pour cela que tu restes parfois des heures à rêver ? Au lieu de vivre ?

- Je suis une personne d’une banalité effrayante, Mon Pierrot. Rêver ma vie, parfois, parfois, parfois… Un mot aussi que j’apprécie, ce parfois. Digression, aussi. Tu souris, Mon Pierrot. Alors, oui, rêver ma vie me plaît. Sinon, dans la réalité, il semblerait que je fasse tout pour la compliquer, cette vie. Je rêve, immobile et silencieuse. Quoi ? Ne fais pas ces yeux tout ronds. J’ai bien dit : silencieuse. Oui. Je rêvasse. Je passe d’un songe à l’autre. Je rêve de Mon Yéti, je rêve de nous, ce « nous » qui me semble si inaccessible. Est-ce mal ? Ca ne fait de mal à personne.

- Et à toi ?

- Mmm… un doux mal, alors. C’est ainsi que je réalise mes textes les plus forts. Une idée, lui…  Les images affluent. Des images naissent les mots. Des mots coulent les phrases. J’aime que mes idées et mes pensées errent dans le vague.

 

3. Concevoir, exprimer des choses déraisonnables*, chimériques.

- C’est ainsi que tu écris alors ? Fais attention de ne pas te fabriquer des chimères, de ne pas sombrer dans le déraisonnable.

- Encore ??? Raisonnable, déraisonnable ? Mais qui décide de ce qui doit l’être ? C’est quoi le raisonnable ? Ce que la société veut nous en faire accroire ? Je l’ai été, raisonnable. Vois où cela m’a mené. Certes, je souffre de ce que je vis mais toujours, aux pires moments de doute, ces moments où j’ai le sentiment de n’être pour lui qu’un phantasme, qu’une idée de l’amour idéal, idéalisée… même en ces instants, je pense à l’intensité de ce que je vis avec lui.

- Autant dire rien, en somme. Dis voir, quand l’as-tu retrouvé, ton « égaré » ?

- Joli, Pierrot… Mon « égaré ». Cela lui va bien, je trouve. Le 18 mars, mon Pierrot. Et alors ?

- Tu l’as revu depuis plus d’un mois ?

- […]. Non.

- Il t’a dit quand vous alliez vous revoir ?

- […]. Non.

- La dernière fois, c’était quand ?

- […] Un an.

- Et tu y crois encore ?

- Toujours.

- Et s’il ne vient pas, qu’est-ce que tu vas faire ?

- Pleurer, sans doute. Espérer, encore. Sinon, je ne sais pas.

- Tu rêves éveillée, bon sang ! Cocotte, réagis : regarde objectivement les faits. Théorise, analyse, range les hypothèses, classe, trie. Tu es quoi pour lui ??? Un an… Eh bien,  dis donc, comme tu le dis : « Si tu n’as besoin de rien, avec lui tu es servie. » Si je le tenais, celui-là ! Heureusement que tu aimes rêver.

- Stop, Pierrot. Arrête. Je sais tout ça. Je sais le manque de lui, les tripes et les boyaux qui se nouent, les larmes qui coulent sans qu’on les appelle.  Je ne comprends pas pourquoi c’était possible de se voir « avant » et puis, tout d’un coup, ça lui semble comme insurmontable. C’est le sujet tabou. De toutes les façons, en le retrouvant, j’ai tout accepté. Je me donne le droit du doute et des souffrances, mas je ne veux pas renoncer. Tu te souviens ?

« Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Le premier de nous deux qui renonce aura une tapette » ?

Je ne renoncerai pas à lui. C’est tout. Point barre. J’irai au bout de cette histoire.

- Jusqu’à t’en détruire ?

- Pas de danger. Bien trop résiliente. Indestructible. Au pire, ça renforcera mes armures.

- Mais ce n’est pas vrai, Cocotte !!! Mais comment tu peux dire ça ??? Sur quelle planète tu vis ? Comme tu me laisses souvent ouvert, j’entends ta grosse boîte, là, sur le meuble, celle qui parle avec mille voix différentes. J’en connais des choses sur ton époque. Comment peux-tu accepter qu’un homme te traite ainsi ? Tu ne mérites pas ça, Cocotte.

- Ah oui ? Et qu’est-ce que je mérite ? Des hommes mariés qui m’utilisent sexuellement pour se donner l’impression d’exister ? Des hommes pas mariés qui n’ont qu’un objectif : me faire plier, me modeler à leur souhait ? J’ai eu les deux, Pierrot. Je veux Mon Yéti.

- C’est sans espoir, là… Bon. On nage en plein rêve.

 

² Canada. Rêver en couleurs : faire des projets chimériques.

- Alors, dis-moi, quand tu rêves en couleur, c’est comment, dis ?

- Rêver en couleurs… c’est beau comme expression, dis, Pierrot. C’est la première fois que je l’entends.

- C’est canadien.

- Ah ? C’est vrai que leurs expressions sont vivantes, séduisantes. Quand je rêve en couleurs… Eh bien, quand je rêve en couleurs, on réussit à vivre ainsi 8 ans. Huit années pendant lesquelles on se voit 5 ou 6 fois par an, 7 les bonnes cuvées. La huitième année, nos petits sont majeurs. L’un de nous deux rejoint l’autre. Et le Paradis, ça devient ici et maintenant. Ma main dans la sienne, nos deux mains dans sa poche. Un jour, au soleil, je nous vois sur un banc, souriants et les cheveux tout blancs.

- Tu me sidères. Ta naïveté me scie. Mais comment tu peux croire à ça ??? Ca me met en colère…

- Arrête, ne me crie pas dessus. S’il te plaît, ne crie pas. Je l’aime. C’est mon cœur et mon cul, j’en fais ce que je veux.

 

s v.t. ind. (à, de).

 

1. Voir en rêve pendant la nuit. J’ai rêvé d’elle.

- Pas une journée sans rêver de lui : la nuit, le jour. Ce n’est même pas une obsession. Non. Il est juste là, à mes côtés. Il ne me quitte pas. Ce n’est ni violent, ni désespéré. Je sais les sept mois traversés sans lui. Sept mois de mensonges. En plus, j’ai fait souffrir un homme qui m’aimait. Je m’en veux. Je voulais tellement guérir de Yéti. Ce n’est pas la peine. Il est ma complétude. Combien de fois faudra-t-il te le dire ? Je souffre ? Oui ! Je suis heureuse ? Oui, intensément. IL m’équilibre, tu comprends ? Mille fois je préfère le peu qu’il me donne au vide de son absence.

 

2. Désirer vivement, souhaiter. Rêver d’une vie meilleure.

- Allez… à force d’en rêver, ça finira peut-être par s’améliorer. Peut-être qu’il va venir mais qu’il ne te le dit pas pour te faire la surprise. Ce n’est pas toi à qui il a appris à aimer les surprises ?

- Oui, c’est vrai. Mais bon, là, pfff… Si je savais quand, la date, je pourrais savourer, compter les jours, le désirer, vivement, intensément, rêver l’instant avant de le déguster. Mmm… Il me manque tellement, Mon Pierrot.

- Tu lui dis, tout ça ?

- Ca ne va pas la tête ? Tabou. Ça lui ferait peur. Quand il a peur, c’est très mauvais pour moi, ça… Non, je ne lui dis pas.  Je n’ai déjà pas grand-chose alors je ne vais pas tout gâcher avec des pleurnicheries. Je ne réclame jamais rien, de toutes façons, je n’exige jamais rien. Si je l’avais à mes côtés, ce ne serait pas compliqué : je parle très bien avec mes mains. *Rires* Mais les mots d’amour, le côté bisounours, tout ça, ce n’est pas moi. J’agis, moi.  Tout ce que je ressens pour lui, je l’écris ici. Tu vois, c’est mieux que rêver.

- Mais… Il connaît l’existence de ton blog ?

- Oui.

- Il le lit ?

- Je ne sais pas.

- Il a posté un commentaire ?

- Non, aucun.

- Je te jure, là, Cocotte, je me retiens d’exploser, là… Mais moi je t’aimerais, te connaissant, je courrais lire ce blog… je t’en parlerais, je serais fier de toi… Comment il peut passer à côté de ça ? Ce blog, c’est un hymne d’amour à Ton Yéti. Comment il peut ignorer ça ???

- Je ne sais pas, Pierrot. Quand je lui parle au téléphone, je ne suis pas là à me la péter grave parce que j’ai aligné trois mots. Et puis ce n’est plus un gosse.  Il est assez grand maintenant. Je ne mens jamais, tu sais. Je lui ai dit que ce blog existe. J’ai glissé « il suffit de taper Ma Cocotte & Mon Yéti sur tonton google pour le trouver. »

- Et ?

- Et rien.

- Ca ne te fait rien ?

- Je ne peux pas l’obliger à m’aimer. Au taff, il taffe. A la maison, il a son épouse qui est plutôt du genre … euh… « épouse » ? Bref, il ne peut pas de chez lui. Trop risqué.

 

s v.t.

 

1. Voir en rêve. J’ai rêvé que nous partions à l’étranger.

- C’est pour ça que tu fais tous ces rêves, alors. Ça t’arrive de vous voir en rêve, tout les deux, heureux ?

- […] T’es sadique ou quoi, Pierrot ? Je te l’ai déjà dit, oui, j’en rêve. Et alors ? J’en rêve pour dans huit ans en sachant que c’est totalement utopique. Mais ça ne fait de mal à personne, non ?

- A toi, non ?

- Ca ne compte pas.

 

2. Imaginer de toutes pièces. Ce n’est pas vrai, tu l’as rêvé.

- Ecoute, je suis ton ami. Tu réalises que tu te fais des films là, quand même… ?

- Et alors ? Chacun son rêve, chacun son film. Mon film, c’est Mon Yéti. Je voudrais lui donner plus encore que je ne le fais mais j’ai l’impression d’avoir tout donné, d’avoir tout accepté… Je ne sais plus quoi faire. Je m’imagine parfois débarquer là-bas, à l’improviste. T’inquiète, pas devant tout le monde. Je veux dire, à 20 ou 30 km et puis l’appeler. « Salut Yéti, ça te dirait un petit café ? »

- Pourquoi tu ne le fais pas ?

- J’ai peur de lui faire peur et je crois que quand sa sécurité, son équilibre sont en jeu, il renonce. Je ne veux plus jamais ni l’égarer ni le perdre.

 

3. Litt. Ne rêver que plaies et bosses : être batailleur, querelleur.

- Grrr… Il ne te mérite pas. Là, je te jure, je ne rêve que plaies et bosses. S’il vient, ferme-moi, sinon j’ouvrirai mes pages là où il faut et il comprendra !!!

- Alors, ça, c’est n‘importe quoi. Il me mérite 100 000 fois. Il me fait du bien. Il est attentionné, charmeur, attentif. Il m’écoute. C’est juste qu’il est rêveur et qu’il n’a pas les moyens de réaliser ses rêves et je suis sûre que je suis son rêve préféré. Tu vois qu’il me mérite. De toutes les façons, tu pourras dire tout ce que tu veux. Rien n’y fera. Je l’aime, viscéralement, primalement, entièrement. Et puis c’est tout. Je veux Mon Yéti. Et puis c’est tout.

- Eh bien, au moins, il t’aura appris la patience, c’est déjà ça. *Explosion de rire de Pierrot.*

Ma Cocotte claque le livre pour le fermer en lui tirant la langue.

 

Publié dans Des mots & des maux

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Quichottine :0010: 23/04/2008 09:39

Toi, il faut que je te présente Roland ! (toujours dans mes liens, il est aussi dans ceux de Chris)

Ma Cocotte 23/04/2008 13:23


je vais essayer d ele retrouver dans tes liens


La bernache 23/04/2008 07:10

Bonjour ,je viens de chez Chris pour complèter mes connaissances en Agapé...(lol)...là je n'ai pas très bien compris ce qui se passait vraiement , vécu imaginé ?...imaginé vécu ?...je reste perplexe ! Suricate l'a dit avec justesse : pour être une Oie Sauvage , mieux vaut suivre Platon...c'est ce que je fais ...Il me donne des ailes mais ne m'empêche pas de faire le ménage !

Ma Cocotte 23/04/2008 07:59


*Ma Cocotte penche la tête sur le côté. Son oeil à la rondeur parfaite semble lui donner une vision du monde bien particulière. La vie est belle quand notre cerveau ne pèse pas plus que le grain
qu'on picore. Picore ! Faim !
Ma Cocotte sur un mur, qui picotait du grain dur : picoti ! picota ! lève la queue et puis s'en va...*
Ta perplexité me ravit.
Illustration d'un mot.
Imprégnation d'un vie.
Rêve ou réalité ?
Mensonge ?
Qu'est-ce que le mensonge ? la vérité ? [tiens, faudra que je creuse, ça]
Et si tout n'était qu'illusion ?
Un seul mensonge pour dix mille vérités ?


Quichottine :0010: 22/04/2008 18:18

Rêver de lui... L'avoir en soi, partout, tout le temps, et pourtant savoir qu'il n'est pas là et qu'il ne le sera sans doute jamais, tout en espérant malgré tout se tromper.

Ils sont jolis tes rêves en couleur...