Ma Douce s’ennuyait. 14 h.
« Allo. M’man ? J’m’ennuie, j’sais pas quoi faire… »
Après avoir envisagé plusieurs possibilités, je lui propose un jeu :
Une feuille, un stylo, 3 mots. Pomme, aimer, cascade.
Une heure après, voici ce qu’elle m’a envoyé au travail, par courriel.
Vous savez quoi ? C’est Ma Douce qui l’a écrit. Avec son accord et après avoir repris quelques fautes d’orthographe mais sans changer ni mot ni ponctuation, nous vous l’offrons.
Je me souviens du jour où il est parti. Je m’en souviens enfin. Ce jour-là… C’est celui qu’on aimerait oublier tout de suite et pourtant, plus tard, on se rend compte combien il avait été important pour soi.
Ce jour-là était un jour maussade, du genre où il ne fait ni beau ni froid. Un jour qui aurait pu être sans distinction particulière. Il aurait pu l’être, si seulement il n’avait pas plu tout le mois d’avant, si cela n’avait pas déclenché des crues inhabituelles et si on n’était pas en automne.
Avant, l’automne était une saison que j’aimais bien. Tout est si beau à cette saison. Tout est rouge, orangé, marron. Tout est douceur dans un monde si brutal. Il y a beaucoup de vie à cette saison. Tout est peuplé. Chacun se prépare à un hiver froid et dur. On pourrait trouver cela attendrissant.
Mais maintenant, je déteste cette saison, elle me fait vomir. Ses coloris rappellent le sang, la souffrance et la mort. Car en automne, si les arbres et tous les végétaux prennent cette teinte, c’est pour se préparer à la mort de leurs feuilles. Mourir pour renaître. Il aimait dire ça. Avant, je ne comprenais pas ce qu’il voulait dire. Je ne voyais pas cette couche de douceur qui englobe cette saison. Mais maintenant, je vois ce qu’il y a dessous.
Maintenant, je ne vois que ce qu’il voyait. Je ne vois plus que la mort. Et je ne me souviens plus de ce que je voyais avant dans l’automne. Je me dis que cette saison est dangereuse. Sous ses couleurs à couper le souffle et cette vie qui grouille de partout, tout n’est que mort. C’est comme la pomme. Le fruit interdit qu’il aimait tellement. Personne n’en mangeait. On l’appelait le fruit interdit comme on pouvait l’appeler le fruit du savoir.
Personne n’en mangeait. Seul lui, il n’y avait que lui qui en mangeait. Il disait que ce fruit lui avait ouvert les yeux. Alors quand il est parti, j’ai pris la pomme qu’il mangeait et j’ai croqué.
Alors j’ai vu. J’ai vu et compris. Chaque chose qui m’entourait avait pris un jour nouveau. Chaque chose avait un sens. Chaque infime parcelle de ce monde contenait des questions. Mais seul ce fruit donnait des réponses.
C’est sur cette cascade que tu aimais tant que tu passais du temps avec moi. Ce jour-là, elle était magnifique. Elle apparaissait dans toute sa splendeur. Gigantesque et magnifique. Alors sur la corniche en haut de cette cascade, j’ai planté cette pomme. Bizarrement, c’est devenu mon fruit préféré.
Aujourd’hui, il a poussé et est devenu un magnifique pommier. Moi qui n’étais qu’une petite fille à l’époque où je l’ai planté, je suis stupéfaite qu’il ait poussé aussi vite.
Car c’est l’année de mes 20 ans… qu’il est revenu.
Waouh. Dire que je suis pétée de fierté, c’est rien du tout. Mes fibres maternelles explosent. Elle n’a même pas 13 ans, Ma Douce… Je sais plus quoi dire, là. *Silence*
A priori, elle n'a pas l'autorisation de lire ce blog.
J'ai confiance mais bon, je sais l'adolescence... (parce que je suis en plein dedans !!!!!!!!!!!).
Alors, parce que la curiosité ronge le cerveau, je laisse mes petits lire mes nouvelles.
Et bien sûr, j'ai accepté de publier la sienne.
Le petit fait la grimace.
Me demande si je vais pas avoir un drôle de truc à publier dans pas longtemps moi... :s